Il est parfois délicieux de voir des artistes cataloguer eux-mêmes leur propre musique. Les Polonais de Trupa Trupa ont mis la barre assez haut avec leur fusion de «post-hardcore, no wave et psychedelia». Pour faire simple et lancer un gros clin d’œil à la scène de Washington DC du début des années 90, disons qu’ils font du Fugazi en moins énervé, plus naïf, avec une voix qui incite davantage aux rêves aériens qu’à l’insurrection citoyenne. C’est riche et minimaliste, hypnotique sans être lourd. Leur dernier album, Of The Sun, salué par la critique un peu partout dans le monde à la fin de l’année dernière, commence aussi à se faire une place dans les oreilles du grand public, tout comme leur E.P. I’ll Find, sorti pendant le confinement. En cet été sans concert, il est temps d’enfin découvrir leur musique.

Au tout premier rang, Grzegorz Kwiatkowski, le guitariste-chanteur. Un doux dingo, pas de ceux qui font tourner le monde, mais qui le rendent assurément plus amusant. Il montre un enthousiasme assez touchant à assurer sans relâche la promotion de ses œuvres, en signant ses mails ainsi: «J’espère que vous ne vous sentez pas offensés.» Une prudence de mise après une douzième relance. Il semble perché dans un ailleurs roboratif pour tout le monde. Il dit: «Je suis probablement hyperactif, oui. J’ai parfois trop d’énergie en moi, et il y a trop de choses que je n’aime pas dans ce monde. Mais je suis d’une nature très joyeuse. Je fais preuve d’un pessimisme vital, je dirais. Ce sont deux choses qu’on ne peut normalement pas associer, mais moi je le fais.»