TELEVISION

La TSR mise gros sur les feuilletons

La chaîne romande change sa manière de produire les séries. L'Office fédéral de la culture, qui sera approché pour ses subsides, reste sur ses gardes.

Dans le paysage télévisuel suisse, il y aura désormais une exception romande. La TSR a obtenu la possibilité d'utiliser des fonds de la SSR pour produire des séries TV, qu'elle fera fabriquer par des producteurs indépendants. Petite révolution dans une fiction télévisuelle qui se cherche encore, entre les rouleaux compresseurs américains et la concurrence française.

Ces jours, TSR1 diffuse Petits déballages entre amis, sa fiction maison du moment. Une production d'ancien régime, puisqu'elle a été conçue, depuis 2004, selon le vieux schéma: proposé par Yaka Production, ce feuilleton en deux saisons et 24 épisodes a été réalisé avec des moyens de la TSR, ses techniciens et ses studios. C'est la manière dont la télé publique façonnait ses programmes jusqu'ici.

La chaîne veut adopter un mode de production répandu dans les principaux pays européens, qui «se rapproche du mode de fonctionnement du cinéma», relève son responsable pour la fiction, Philippe Berthet. La TSR organise désormais des concours auxquels participent les sociétés indépendantes, et ne financera qu'une partie des feuilletons, environ les deux tiers. Le solde, les producteurs doivent le trouver ailleurs, dans des organismes de soutien régionaux tels que le fonds Regio, auprès de fondations, en ventes anticipées à l'étranger, etc. Une manière de «responsabiliser la branche», assure Philippe Berthet.

Là intervient l'exception romande: dans le cadre du Pacte de l'audiovisuel, un accord entre la SSR et la branche cinématographique, la maison mère a accepté que des fonds servent, en Suisse romande, pour les séries. A Zurich, SF fait des choix différents en produisant ses feuilletons à l'interne et en misant surtout sur les téléfilms, très populaires.

Le changement n'est pas mince, car les producteurs seront propriétaires de leurs créations et pourront élaborer leur plan d'affaires avec une plus grande latitude. Associée aux scénaristes Stéphane Mitchell (Heidi) et Sarah Gabay (Les petites couleurs), Pauline Gygax, de Rita Productions, a remporté le premier concours de la TSR avec T'es pas la seule, histoire de femmes actives catapultées à la tête d'un vignoble. Le tournage de la première partie est prévu pour l'été 2009. Selon Pauline Gygax, «ce mode de faire nous permet de garder l'autorité sur le projet. Même si le sujet est très romand, nous essayons de le développer de manière plus universelle, pour susciter un intérêt à l'étranger. Nous avons déjà été contactés par certaines sociétés, nous discutons aussi pour des préventes à d'autres chaînes de TV, auprès de l'Union européenne de radiodiffusion (ndlr: qui avait ainsi préfinancé une partie de Heidi). Nous pourrions même imaginer un système de licence pour les télévisions de pays à tradition viticole, à qui l'on vendrait le concept...»

Pour cette jeune productrice, il y a changement de modèle économique et «virage éditorial» à la TSR. Et la chaîne veut accélérer la cadence: elle mise sur 20 épisodes de 26 minutes par année, ou deux fois 10 volets de deux séries différentes, ainsi qu'une trentaine de séquences courtes, de huit minutes, à l'image de Futurofoot diffusé durant l'Euro 2008.

Dans ses ambitions, la TSR bute toutefois sur un os. Pour boucler leur tour de table, les producteurs s'adresseront fatalement à l'Office fédéral de la culture (OFC), qui alloue chaque année 900000 francs pour des téléfilms romands. Or, la branche ne sait toujours pas si l'OFC entre en matière, s'agissant de séries. Le responsable du cinéma, Nicolas Bideau, estime qu'il est «plus délicat de juger une série qu'un téléfilm unitaire». Il est déjà «exclu» que le soutien fédéral soit attribué de manière automatique pour des projets entérinés par la TSR.

Question de rapports de pouvoir: les responsables fédéraux ne veulent pas être ligotés. Dans la bouche de Nicolas Bideau, cela s'exprime ainsi: «Il ne faudra pas que les projets soient pilotés par la chaîne, mais proviennent d'initiatives de producteurs indépendants. Le fait que la TSR s'engage à diffuser constituera bien sûr un gage de qualité. On voit que ces nouveaux formats sont populaires, je pense donc jouer le jeu. Mais nous devrons définir des critères. Et il faudra voir l'effet sur le tissu économique, car nous avons besoin de sociétés qui sachent produire des films de cinéma...»

La casuistique fédérale risque de prendre un moment, laissant planer une incertitude sur la réforme voulue par la TSR. D'autant que celle-ci fâche déjà certains producteurs en termes de choix artistiques (lire ci-contre). Les téléspectateurs, eux, jugeront sur pièce.

Petits déballages entre amis. TSR1, le vendredi à 20h10.

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