télévision

La TSR fait le pari des histoires en séries

Avec «10», lancée sur Internet et sur TSR1 dimanche 21 novembre, la chaîne dévoile un pan de sa nouvelle politique de fictions

Ils sont dix, dont un hôte aux motivations obscures. Réunis dans un bureau anonyme de Genève, le soir du réveillon, pour faire une partie de poker en jouant gros. Pas seulement les sommes placées sur la table. Chacun semble avoir sa raison secrète d’être là. Et ils sont surveillés… Série lancée ce dimanche sur TSR1, 10 fait événement à plus d’un titre. Un thème original, et un registre, le thriller, jusqu’ici absent des fictions à épisodes de la TSR. En septembre dernier, 10 a obtenu le Prix de la meilleure série au Festival de fiction TV de La Rochelle.

Aussi, le feuilleton incarne, avec T’es pas la seule! qui suivra au printemps prochain, la nouvelle politique des séries menée par la TSR. Après les sitcoms produites dans la maison ( Petits Déballages entre amis , etc.), la chaîne a décidé de mettre au concours les futurs projets, auprès des producteurs indépendants. Initiée par l’ancien responsable de la fiction Philippe Berthet, cette pratique rapproche la TSR des autres chaînes européennes, avec pour objectif de «proposer des grandes histoires écrites par des auteurs d’ici, et produites par des sociétés romandes», indique Françoise Mayor, productrice éditoriale à la RTS. Et, rompant avec l’époque des téléfilms uniques, «avoir désormais des rendez-vous réguliers».

Pour fabriquer ces nouveaux feuilletons, l’audiovisuel romand fait son apprentissage accéléré. Créateur et principal scénariste de 10, Christophe Marzal, ainsi que le coauteur et réalisateur Jean-Laurent Chautems viennent du cinéma. Le premier a notamment réalisé Attention aux chiens, le second, Plus là pour personne. Jusqu’ici, ils ne regardaient pas particulièrement de séries. Christophe Marzal en a disséqué plusieurs avant de préparer 10, «jusqu’à minuter certains épisodes de séries américaines. Mais cela, pour mieux l’oublier ensuite…»

Il faut se roder à l’écriture sérielle, les coups d’éclat en fin d’épisode… Jean-Laurent Chautems relativise: «C’est un long métrage étendu, une histoire complète de cinq heures. Sauf qu’il faut commencer par la fin.» Christophe Marzal précise: «On axe l’écriture davantage sur les personnages que la trame. Ce genre nécessite une construction très précise, pour chaque protagoniste.»

Durant la fabrication, les relations avec la chaîne se révèlent complexes. Les concepteurs de 10 ont dû soumettre la trame de chaque épisode, négocier en post-production, et organiser une projection test. Ils disent avoir dû inclure, par exemple, une transition sonore avant les nombreux flash-back – qui rappelle celle de Lost, même s’ils s’en défendent – à la demande de la TSR, toujours soucieuse de la compréhension de son public. D’autant que 10 constitue un cas particulier, repêché du premier concours des nouvelles fictions, et finalement agendé en deuxième partie de soirée: «Nous voulions faire quelque chose d’audacieux, je ne suis pas sûr que cela se refasse à la TSR», estime Jean-Laurent Chautems. Françoise Mayor parle d’un «bras de fer entre la volonté des auteurs et les impératifs d’un diffuseur… Nous faisons sans cesse un pas en direction de l’autre.»

Selon Pauline Karli Gygax, productrice de T’est pas la seule!, et auparavant de Heidi en coproduction avec la France, «il en va toujours ainsi. Il est logique que les TV s’impliquent, le produit leur est tout de même destiné. Et les interventions de la TSR restent acceptables, en comparaison avec d’autres chaînes.» A ses yeux, l’expérience en cours offre une précieuse formation à la branche: «Nous apprenons à écrire et produire des fictions de 26 minutes, ce qui est énorme, au vu du nombre de contraintes et du volume de production. Je commence à mesurer les acquis, les automatismes, l’expérience est bénéfique, aussi bien pour la production TV que cinéma.»

La nouvelle dynamique s’étend à la promotion de ces fictions, en particulier par le Net – où les deux premiers épisodes de 10 sont visibles – et le DVD, avec un coffret qui comprendra… un jeu de cartes spécial. Dans la période des fêtes, la TSR montrera En direct de notre passé, des modules comico-historiques, puis viendra T’es pas la seule!. Une prochaine série est déjà en tournage. Et le dernier appel à idées a suscité pas moins de 22 propositions, dont quatre ont été présélectionnées.

10. Sur Internet: www.tsr.ch/fiction/dix. Et sur TSR1, dès dimanche 21 novembre, 22h40.

Publicité