Un jour, ils raconteront à la progéniture l'histoire d'une ascension venue de nulle part. Katie White (guitare) et Jules De Martino (batterie) évoqueront ce mois de mai 2008, quand leur album au titre modeste («We Started Nothing») avait délogé mesdames Madonna et Rihanna de la tête des charts britanniques à coup de tubes irrésistibles. Le duo se rappellera aussi de son passage vendredi sur la scène du Montreux Jazz Café, et de l'incandescence jouissive qu'avait généré son heure de concert.

Le présent de Ting Tings tient du conte de fées, ou mieux, de revanche inattendue sur une industrie du disque parfois borgne. Un contrat non renouvelé avait suffi pour faire disparaître du paysage Dear Eskiimo, leur première formation. Le retour, à deux - formule en vogue - est une claque qui résonne partout. Même pour le compte d'Apple, qui a adopté le renversant «Let Me Go» pour sa dernière campagne de pub. Voilà qui donne des ailes, et celles de Ting Tings ont l'envergure des grands rapaces. Sur scène, Katie, copie rajeunie de Blondie, et Jules disent tout avec très peu: leur solution de pop et d'indie-rock est un breuvage de citations qui a le pouvoir de mettre les fourmis aux jambes. Une rythmique carrée, une guitare qui parle aux tripes et quelques colorations préenregistrées suffisent pour disperser une poudre explosive. En dix morceaux, pas un de plus, le binôme met le parterre KO, avec la rage de ceux qui ont connu la défaite. Ils sont aujourd'hui de merveilleux vainqueurs.