Pendant qu’Antonio Manfredi joue avec ses allumettes, la ville de Turin fait des étincelles. Comme toujours, en Italie, le Nord offre un contre-exemple opportun aux difficultés qui accablent le Sud. Au fond de la botte, un artiste contraint à «suicider» sa collection, un musée (le Madre de Naples) au bord de la fermeture, un autre, le Maxxi de Rome à peine né et déjà mis sous tutelle; dans le nord, des galeristes, mécènes, directeurs de fondation et de musée qui, en quarante ans, ont transformé la cité la plus ouvrière du pays en capitale de l’art moderne et contemporain.

«Un terrain fertile»

A Turin, se côtoient sans se concurrencer la Galleria civica d’arte moderna et contemporanea, le Musée du château de Rivoli, la Fondation Sandretto Re Rebaudengo, la Fondation Merz ou la Fondation Pistoletto, auxquels on doit encore ajouter la Fondation Agnelli, des galeries et, chaque année, les manifestations Artissima, qui réunit la fine fleur de la création contemporaine, ou Nuovi Arrivi, destinée à la nouvelle génération d’artistes piémontais.

Une explication? «Le terrain était fertile, explique Patrizia Sandretto Re Rebaudengo, une femme élégante qui dirige la fondation du même nom. Premièrement, Turin est le berceau de l’Arte Povera, le dernier des mouvements d’avant-garde nés en Italie dans les années 1970. Deuxièmement, la ville a toujours abrité une avant-garde intellectuelle et des patrons éclairés. Enfin, de son passé industriel, elle a conservé de nombreux espaces adaptés aux expositions.»

Une nouvelle identité

De leur côté, les institutions locales, de droite comme de gauche, ont su préserver et accentuer cet élan. Dans une Italie où l’industrie se partage en «districts» (zone de fabrication d’un produit unique: chaussures, alimentation, ameublement, etc.), les différents acteurs ont su se mettre en réseau pour faire fructifier cette nouvelle identité, à l’heure où le constructeur automobile Fiat, premier employeur de la ville, évoque son intention de partir.

«Miser sur l’art contemporain, c’est assurer un avenir à Turin», explique Piero Fassino, le maire (centre gauche) de Turin. Ces mots seront-ils définitivement imprononçables à Casoria?