C'est probablement le rêve de beaucoup: se souvenir de comment c'était, dans le ventre de maman. Une belle utopie à laquelle le cinéaste Nils Tavernier vient de donner chair dans L'Odyssée de la vie, film diffusé mardi dernier sur TSR2 (Il sera aussi programmé tout prochainement sur France2). Une coproduction internationale à trois millions, autant dire ambitieuse pour la télé et le DVD dérivé.

Le principe est assez simple. Tavernier a suivi, durant neuf mois, la grossesse vécue par un couple, Barbara et Manu, qui travaillent tous deux parmi les dauphins du Marineland d'Antibes. Gros aquarium qui fait écho au petit: celui, virtuel, du liquide amniotique et de son petit nageur, cet embryon puis ce fœtus dont on suit l'évolution, reconstituée selon les techniques les plus performantes du 3D.

Le résultat est à la fois didactique et divertissant. C'est l'aventure intérieure par excellence. Jusqu'ici irreprésentable, si ce n'est sur de simples écrans échographiques, plutôt abstraits. Mais avec cette prouesse de Tavernier, on s'y croirait! Et quelques mystères demeurent, c'est rassurant: on ne sait ainsi toujours pas pourquoi le bébé met la tête en bas pour se préparer à la naissance ni comment se déclenchent les contractions annonciatrices de l'heureux événement.

Encore plus que le film lui-même, le making of est scotchant. Car l'affaire est très sérieuse, avec des conseillers médicaux et scientifiques qui disent, en visionnant les rushes: «Le cordon ombilical devrait être plus épais.» Ou: «Quand le bébé donne un coup de pied sur la paro intra-utérine, c'est avec le talon et pas avec la cheville.» Etc. Au final, le stupéfiant visuel créé par le directeur artistique de la modélisation informatique se révèle très rigoureux.

Mais surtout très réaliste, pour autant que l'on surmonte ce paradoxe consistant à s'identifier au héros de l'histoire: celui que nous avons tous été, une fois, et qui est ici superbement incarné après 2000 jours de travail pour environ 35 minutes d'images de synthèse. Un certain vertige.