Combloux, charmante station de ski au pied du mont Blanc. Au sous-sol de chez Buttoud Sport, je grimace pour retirer ma chaussure gauche. Plus je force, plus mon visage se crispe dans une pose ridicule. C'est lorsque j'ai l'air le plus idiot qu'elle descend des escaliers qui me font face: Audrey Pulvar, la journaliste qui présente le «19-20» sur France 3. L'élégante me sourit avant de tourner vers les étals de chaussures de ski. Ce geste qui hésitait entre politesse et distance m'intrigue encore. Cette jeune femme à l'aura internationale (Le New York Times lui a consacré un long article: elle est l'une des rares journalistes noire de la télévision française) aurait-elle confondu ma grimace avec un sourire? Ou alors est-ce par automatisme qu'elle m'a souri? Avoir pour métier d'apparaître tous les soirs dans le petit écran impose en effet une rigueur de vie dont les téléspectateurs ne se doutent pas, ai-je pu constater en fréquentant certains représentants de cette catégorie bien spécifique d'êtres humains. Etre journaliste à la télévision, c'est avoir la certitude d'être reconnu partout, de la boulangerie au Lavomatic. C'est faire le deuil de tout concept d'anonymat et s'astreindre à faire bonne figure du matin au soir. Donc à recevoir des sourires et à sourire aux inconnus jusque dans le plus improbable des sous-sols, au cœur d'une station alpine. Tous ne s'appliquent pas cette politique avec la même rigueur, mais ceux qui le font atteignent une humeur d'une constance toute bouddhique qui les fait flotter entre politesse et distance. Je m'efforce de bricoler une théorie là-dessus: ces êtres modifient les lieux où ils se déplacent. Voilà ce qui les sépare de nous.