Pop-rock

TV on the Radio, un écran de lumière

La formation new-yorkaise, qui vient de perdre son bassiste, poursuit en douceur son tournant: simplifier le propos sans diluer l’exigence du propos. Un album fluide

Genre: pop-rock
Qui ? TV on the Radio
Titre: Nine Types of Light
Chez qui ? (Interscope Record/Universal)

Studios d’enregistrement, promotion et tournée – la trinité à laquelle on ne déroge pas et qui dicte le quotidien des acteurs de l’industrie musicale – absorbaient TV on the Radio depuis la conception de ce cinquième album. Il faudra se rendre à l’évidence, les journées et les semaines à venir du groupe n’auront plus tout à fait le même goût et son agenda ne sera sans doute plus rythmé par les mêmes impératifs depuis que les New-Yorkais ont perdu leur bassiste, Gerard Smith, emporté ce mercredi, à 36 ans seulement, par un cancer du poumon. Une maladie foudroyante, qui n’aura laissé qu’un mois et des poussières d’espoir entre son apparition et son issue fatale. Annoncée sobrement sur le site du groupe, la nouvelle impose dans l’immédiat l’arrêt de la tournée que le quintette avait lancée aux Etats-Unis.

Plus prosaïquement, elle jette une ombre inattendue sur un disque par ailleurs lumineux, sans doute le plus apaisé que TV on the Radio ait conçu. Cette teneur, si éloignée des débuts plus torturés, ne surprend pas vraiment. Nine ­Types of Light s’inscrit dès la première écoute dans un arc logique; il poursuit en quelque sorte le tournant doux déjà amorcé lors de la précédente apparition. Il y a trois ans, Dear Science faisait surgir une formation en quête de simplification et d’intelligibilité. Les strates multiples de styles, les couches sonores superposées qui structurent depuis toujours un langage bariolé, avaient perdu, dans les apparences, un peu de leur complexité. Le collectif de Brooklyn gardait comme toujours un propos exigeant, mais il semblait vouloir s’adresser alors à un public potentiellement plus large.

Les franges des suiveurs grossiront peut-être avec cette cinquième œuvre. Ses dix chansons semblent en tout cas vouloir amortir le choc esthétique que TV on the Radio nous a servi pendant près de dix ans. Sa redéfinition des frontières du rock, sans cesse brusquées par des incursions troublantes et saturées dans le funk, le hip-hop, la soul et le jazz, prend ici des allures d’espéranto. Ce langage clair, sorti de l’esprit baroque du producteur et fondateur David Sitek, se laisse entendre d’entrée, avec «Second Song». Une perle pop-funk arrondie par la voix en falsetto de l’impeccable Tunde Adebimpe et enluminée par des cuivres jamais encombrants. Le morceau, en gros, qu’aurait rêvé d’écrire il y a vingt ans Fine Young Cannibals.

Ailleurs, partout, des chansons qui s’imposent avec évidence, en alignant des grammaires qui ne connaissent pas le bégaiement et qui disséminent des trouvailles dans chaque recoin. On citera la chaloupée «You» et sa consistance éthérée; «No Future Shock», pamphlet de poche énergique et syncopé; «Forgotten», aux formes de petit voyage minimaliste qui s’ouvre lentement à des cuivres foisonnants; et enfin «Caffeinated Consciousness» qui cite les penchants les plus abrasifs du groupe.

Après les multiples projets en solitaire, TV on the Radio renoue au grand complet avec un certain langage. Les puristes auraient peut-être aimé qu’il conserve sa part d’hermétisme. Les autres seront soufflés par sa dimension désormais universelle.

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