revue de presse

La TV fait rimer «Bohème» et HLM

L’opéra de Puccini est diffusé en direct ce mardi soir de la banlieue bernoise. Une grosse opération lyrique, mais aussi multimédiatique

Puccini entre les murs d’une HLM de la banlieue de Berne, c’est a priori en adéquation parfaite avec l’intrigue de La Bohème, qui se déroule dans une mansarde insalubre où vivent quatre colocataires. Les voix de Mimì et de Rodolfo vont donc résonner ce soir dans les appartements de cet immeuble où cohabitent plus de 20 nationalités. Une superproduction diffusée en direct à 20 heures, sur pas moins de six canaux différents (TSR1, tsr.ch, HD Suisse, SF1, RSILA1 et Arte), avec la Suissesse Maya Boog en Mimì de banlieue bernoise.

«Faire vivre l’histoire d’amour de jeunes désargentés en direct d’une cité HLM? Le pari est osé et, déjà sur le papier, fort séduisant», selon France-Soir. Le journal s’étonne de voir que Gäbelbach, souvent décrite comme «une cité lugubre aux tristes façades de béton» a «plutôt des allures de paisible résidence. L’architecture des années 1960 y est avant-gardiste, avec ses terrasses, ses fontaines et même son centre culturel. Sur la pelouse verdoyante, et fort bien entretenue, des bambins sages comme des images jouent au ballon sans même prêter attention aux kilomètres de câbles multicolores, aux caméras et aux nombreux semi-remorques qui ont envahi le parking.» «Putain c’qu’il est blême, mon HLM!», chantait Renaud, qui risque d’être fortement démenti ce soir…

Il faut dire aussi que l’événement est très attendu et que les producteurs misent beaucoup sur le fait qu’il existe un beau précédent: La Traviata, première tentative télévisuelle du genre, qui «avait eu lieu en 2008, relève 24 Heures. Il s’agissait de sortir l’opéra de sa gangue naturelle: la scène. La télévision alémanique programmait alors la diffusion en direct du fameux opéra de Verdi en pleine gare de Zurich, au milieu de voyageurs médusés et de spectateurs saisis. Le fait avait marqué d’une pierre blanche la mise en scène lyrique, ouvrant «un nouveau chapitre de l’histoire de l’opéra». La réponse du public a été encourageante pour les chaînes alémanique (577 400 spectateurs, soit 34,4% de parts de marché) et romande (27 800, 5,3%, en rediffusion trois mois plus tard).»

Car «pour la démocratisation d’un genre par essence cher et souvent réservé à une élite, aucun outil n’égale la télévision, écrit encore le quotidien vaudois. L’opéra en live, dans des situations extraordinaires [dont on peut voir la bande-annonce sur Télé-Loisirs], est une idée qui fait mouche et rassemble les foules. Pour la qualité du produit musical, la réussite apparaît moins évidente: les problèmes liés à l’acoustique et aux déplacements génèrent des décalages ou des inégalités sonores assez délicates.»

Il faudra donc de la performance technique dans cette superproduction, car «tout l’espace de l’immeuble sera mis à profit, explique Classiquenews.com: divers logements, la buanderie, l’ascenseur et même le toit. Le chœur composé de 40 chanteurs sera cantonné dans le séjour. […] Rodolfo interprète l’air «Che gelida manina» devant la fenêtre de la cuisine. Rodolfo et Mimì entonnent leur duo d’amour dans l’ascenseur, et le final dramatique se tient dans la chambre à coucher en noyer, située trois étages plus haut.» Intéressant, non?

Mais cette soirée est aussi un événement multimédia, car Arte.tv/boheme met la gomme dans les coulisses. On pourra ainsi être, en quelque sorte, «au premier rang» et suivre «le streaming de l’opéra» en direct, comme l’explique le site internet d’Arte. Ou devenir soi-même réalisateur, en choisissant la perspective dans laquelle on souhaite vivre La Bohème, «parmi les huit vues différentes que propose [le] player vidéo». Ou encore intervenir dans le live-blogging et plonger dans la représentation lyrique avec les web-reporters qui emmènent le public «au milieu des spectateurs et [feront] vivre cet événement exceptionnel à travers des interviews». La TSR n’est pas en reste, qui propose sur son site une abondante documentation sur cette production.

Et dans la presse régionale? La Berner Zeitung, au cœur de nombreux articles consacrés au sujet, a notamment publié une interview avec le chef d’orchestre qui officiera ce soir, Srboljub Dinic. Lequel ne se dit pas du tout nerveux: «Neeeiiin», insiste-t-il en riant et en expliquant qu’il devra «porter un casque d’écoute, indispensable pour tout coordonner. Dans une oreille, j’entends l’orchestre et le chœur, dans l’autre les solistes, mais sans les voir. Cela est tout à fait désagréable. Tout va dépendre de l’équipement, des câbles, des microphones et des lumières.» Et le Bund de se réjouir de «la magie qui peut survenir dans cette rencontre de l’opéra avec la vie», tout simplement.

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