Edward: Tu veux vraiment que ce soit moi qui le fasse…

Bella: Oui.

Edward: D’accord, mais il y a une condition… aux conséquences éternelles… Bella: C’est ce que je veux!…

Edward: Epouse-moi, Bella.

Générique de fin.

Elle veut que ce soit lui qui le fasse. Quoi donc? La transformer en vampire, bien sûr! Deux épisodes que Bella (Kristen Stewart) se languit des canines d’Edward (Robert Pattinson). Et voilà que son dulciné fait tomber le couperet apostolique: pas de morsure avant le mariage! Elle aimerait pourtant tellement partager sa destinée de vampire, Bella. Mais lui ne veut pas. Deux films entiers qu’il ne cède pas.

Elle n’aura pas son émail dans le cou, pas davantage que sa bouche contre la sienne, le scénario s’évertuant à multiplier les sonneries de téléphone impromptues ou les importuns à chaque fois que la Belle et la Bête se rapprochent. Comme dans une pièce de Feydeau où ce ne seraient pas les portes mais les dents qui claquent. Et, tandis que Bella prend son mâle en patience dans ce coït sans cesse interrompu, le spectateur, lui, ne sait plus s’il se languit face à la mièvrerie de cette chronique différée du stade oral, primaire, de la sexualité, ou s’il est victime d’une farce dont on le réveillerait soudain en criant: «Surprise, surprise: c’était pour la caméra cachée!» Si seulement.

Car le rideau refermé au terme de ce deuxième opus, ce ne sont pas moins de quatre heures et vingt minutes durant lesquelles, faute de ne pas tout à fait partager l’engouement des jeunes filles pour Robert Pattinson, nous aurons déjà passé à attendre qu’il se passe enfin quelque chose . Plus de quatre heures à se demander quand la caméra s’arrêtera de tournoyer pour filmer une action significative. Plus de quatre heures à souhaiter que la bande-son mette la pédale douce sur les chansons illustrées façon clip (par ici le CD du film!) pour laisser place à un dialogue qui puisse faire avancer le schmilblick. Le pire, peut-être, étant que six autres heures, au minimum, restent à venir: s’inspirant du business plan de Harry Potter, la production a en effet décidé que le dernier des quatre volumes écrits par la mormone Stephenie Meyer donnera lieu à deux films.

Preuve qu’elle est consciente de jouer avec les nerfs du public avec, pour seul argument, cette métaphore pachydermique d’un déflorage à retardement, la production a cherché à éviter que ce deuxième chapitre n’ajoute une frustration de plus. Eviter surtout que les fans en furie de l’illustre Pattinson, roi des people depuis un an, ne déchirent les écrans. Car, dans ce Twilight – Chapitre 2: Tentation confié au réalisateur d’American Pie, son personnage, Edward, est quasi inexistant: avec son romantisme de dandy très XIXe, Edward choisit en effet de disparaître en début de film pour ne pas mettre Bella en danger et, d’où le titre, ne pas la soumettre à la tentation.

Comme Orson Welles dans Le Troisième Homme, Edward est donc le personnage dont tout le monde parle mais qui est absent jusqu’au grand final moraliste. Ou presque: fort de l’art consommé du marketing qui accompagne toute la saga Twilight, le récit propose qu’une sorte de fantôme d’Edward apparaisse dès que Bella se met en danger. «Fais attention», murmure un Pattinson plus rigide et poseur que jamais, mais qui révèle au passage, dans cette imagerie floutée, que son charme n’est pas seulement une énième déclinaison de ces corps à projectiles, malingres et translucides, qui, de Tokyo Hotel à Orlando Bloom, font craquer les midinettes. Il a aussi une vague parenté avec un comédien octogénaire que les moins de 20 ans sont sans doute peu à connaître: Laurent Terzieff.

«Fais attention», souffle donc ce Terzieff des papiers glacés lorsque sa promise roule à moto ou, pire, quand, perdant patience, elle s’approche trop du gentil Jacob, ce confident hâlé, viril, musclé, animal, c’est-à-dire beaucoup trop sexué pour un premier amant.

Alors, tu veux ou tu veux pas? Réponse, peut-être, dans le prochain opus. Même si ça paraît tout à fait improbable: il sera intitulé Twilight – Chapitre 3: Hésitation.

Twilight – Chapitre 2: Tentation (Twilight: New Moon), de Chris Weitz (USA 2009), avec Robert Pattinson, Kristen Stewart, Michael Sheen, Dakota Fanning, Adrien Dorval, Taylor Lautner. 2h10.

Pattinson, nouvelle déclinaison de ces corps malingres et translucides qui font craquer les midinettes