Cinéma

Twist à Locarno et fuite en avant dans «Quand j’étais Cloclo»

Stefano Knuchel se souvient des hauts et des bas d’une enfance passée à esquiver la réalité dans la foulée d’un père escroc

Les années 60 étaient une fête et, magouillant dans l’immobilier pour monter des night-clubs voués à la faillite, Peter Knuchel en a abusé. L’addition a été salée: la famille Knuchel a perdu sa villa de rêve sur les hauts de Locarno et dû prendre la tangente. Le père, la mère et les enfants, quatre garçons et une fille, sont allés se faire oublier en Espagne, à Genève, à Crans-Montana, dans le sud de la France… «Toute ma vie, je l’ai passée en fuite. Fuyant la réalité et parfois aussi la police», raconte Stefano Knuchel.

Né à Locarno en 1966, diplômé du Conservatoire de Fribourg, Stefano Knuchel a travaillé pour la radio et la télévision suisse italienne et réalisé quatre documentaires, dont Nocaut, consacré à la boxe cubaine, ou Hugo en Afrique – Dans le labyrinthe africain de Hugo Pratt. Avec Quand j’étais Cloclo, il retrace à la première personne les péripéties d’une enfance chahutée auprès d’un père irresponsable qui finit en prison à Marseille.

Dans cette version tessinoise du A bout de course de Sidney Lumet, les aléas de l’existence sont contrebalancés par la puissance de l’imagination. Loin de l’école, le petit Stefano passe des heures à rêvasser, le front appuyé sur le juke-box. Il se prend pour Claude François, recrutant sa grande sœur comme Clodette et, nostalgique, estime que «la vie était magnifique quand j’étais Cloclo».

Trucs éventés

Habilement construit à travers divers documents d’archives, émaillé d’anecdotes drolatiques (la strip-teaseuse étranglée par son boa) ou de notations tragiques (le grand frère qui vit en reclus), le film n’évite pas la sensiblerie et traîne en longueur. Il manque d’inventivité, de rythme. Peut-être cette carence est-elle liée à la musique. N’ayant pas pu se payer quelque rengaine de son idole, le réalisateur s’est rabattu sur ses propres compositions, pas trop funky.

Le père, disparu depuis des années, réapparaît pour un dernier tour de piste. Toute superbe bue, c’est un vieux magicien édenté aux trucs éventés qui renoue un lien brisé avec son fils. Stefano exorcise son mal-être en revêtant une dernière fois l’habit de lumière du blondin yé-yé et se déhanche devant sa vieille maman, puis face à la mer, dans une chorégraphie à peine plus médiocre que celles de son modèle. Le ridicule ne tue pas, et tant mieux s’il contribue à la conquête du bonheur.


Quand j’étais Cloclo, de et avec Stefano Knuchel (Suisse, 2017), 1h32.

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