Depuis des années, la maison de distribution zurichoise Trigon est le seul rempart qui protège la projection, en Suisse, de films dits du Sud. D'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine, les réalisateurs ont trouvé là une attention plutôt rare en Europe. Hou Hsiao Hsien ou Edward Yang (Yi Yi), le réalisme fantastique argentin ou le cinéma de Bollywood (Lagaan) sont arrivés jusqu'à nos écrans grâce à la perspicacité de Trigon, à sa curiosité aussi. Et puis, ces derniers temps, patatras: Trigon propose coup sur coup Yellow Card, un très mauvais film africain produit par la bonne conscience paternaliste d'un programme d'entraide anglo-saxon, et, dès ce mercredi, Two Summers du Brésilien Jorge Furtado.

Cheville ouvrière de la Casa de Cinema de Porto Alegre, Furtado a acquis une petite réputation grâce à un court métrage documentaire, L'Ile aux fleurs, qui suivait avec une extrême drôlerie le parcours socio-économique d'une tomate. Laissons donc à Trigon le bénéfice du doute: il est honorable de suivre un auteur au-delà de ses balbutiements. Sauf que, cette fois, le passage au long métrage ne mène qu'à une pâle comédie sentimentale: l'histoire d'un jeune homme roulé dans la farine par la fille qui le dépucelle sur une plage et prétend ensuite être enceinte. Filmé en numérique, avec un teint grisâtre qui l'empêche d'approcher l'émoustillant et lumineux Y Tu Mama Tambien du Mexicain Alfonso Cuaron, Two Summers débite un à un tous les clichés commerciaux du cinéma sentimental adolescent. Si bien que seule sa nationalité le sauve: s'il avait été hollywoodien plutôt que brésilien, personne ne l'aurait remarqué.

Two Summers (Houve uma vez dois veroes), de Jorge Furtado (Brésil 2002), avec André Arteche, Ana Maria Mainieri, Pedro Furtado.