Rock. U2. How to dismantle an atomic bomb (Island Records 9867829/Universal)

Entre grandiloquence sans lyrisme et cache-misère qui comble un cruel manque d'inspiration musicale, How to dismantle an atomic bomb ne figurera pas dans les annales du rock ni dans celles de U2. Indignes de l'envergure de Bono et de ses compères, ces chansons sans âme plongées dans un magma sonore très années 80, façon rock héroïque, induiront même en erreur les futurs archéologues du son armés de carbone 14. A l'heure où des jeunots livrent du bon rock véloce, U2 apparaît à bout de souffle et boursouflé. Sur les deux tiers de ce quinzième album des Irlandais, c'est un U2 en pleine régression qui balance la sauce sans se soucier de l'armature mélodique. Malgré «Vertigo» et son riff dévastateur qui rappelle le plus malhabile glam-rock en introduction de How to dismantle an atomic bomb, U2 abuse des effets et des saturations de son. Autant sur la voix qu'autour des instruments.

Après avoir pris le large en tentant des expérimentations électroniques à sa mesure et plus ou moins réussies (Original Soundtracks I aux côtés de Brian Eno, Pop avec Howie B), U2 revient à ses fondamentaux d'il y a 20 ans sans plus visiblement en connaître la grammaire lyrique qui l'a intronisé. De ce disque anecdotique, on ne retiendra que trois titres: «Love and peace or else», «One step closer» et «Original of the species». Les deux derniers, en forme de ballades mélodramatiques et dépouillées, conviennent enfin au timbre prodigieux et envoûtant que peut toujours avoir Bono sur des chansons bien écrites.