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En Ukraine, à la recherche des Lénine perdus

Niels Ackermann et Sébastien Gobert ont effectué un travail sur les traces des statues de l’ex-dirigeant soviétique déboulonnées à travers l’Ukraine

Le 8 décembre 2013, une foule bigarrée de contestataires s’attaque à la statue de Lénine en quartzite rouge plantée place Maidan depuis 1946. Niels Ackermann (Lundi13) découvre la scène via le téléviseur d’une pizzeria de la ville. Il lâche sa margherita et court en direction des manifestants. «Il y avait une ambiance de mur de Berlin, tout le monde tapait sur cette statue, sans grand succès, car le matériau est très dur. Au milieu des nationalistes se trouvait un curé!»

Voir notre galerie photo «Looking for Lenin».

Le lendemain, le Genevois revient sur les lieux; plus rien. Il se demande où sont passés les morceaux de pierre et entraîne le journaliste Sébastien Gobert, également basé en Ukraine, dans sa quête. Ils ne trouveront pas le Lénine rouge, hormis les mains et un morceau de coude ou d’épaule, mais des dizaines d’autres, tombés au moment de l’Indépendance du pays ou du «Leninopad» déclenché dans le sillon de Maidan.

De nombreux témoignages

L’Ukraine a compté quelque 5500 statues du Bolchevik à barbichette. Le duo en a localisé une centaine et photographié 70. Certaines ornent les jardins de nostalgiques de l’Empire, d’autres ont été sauvées par des historiens protecteurs de patrimoine, d’autres encore recyclées en cosaque ou en Darth Vador. Elles sont entières, morcelées, la tête coupée ou le nez planté dans la terre. Chaque scène dit quelque chose du pays et de son histoire complexe, comme les nombreux témoignages récoltés par Sébastien Gobert.

Ce fascinant inventaire est sorti mi-juin chez Noir sur Blanc. On tourne les pages de ce très beau livre et on détaille une «taxonomie d’idoles déchues», selon la jolie formule de Myroslava Hartmond dans la préface de l’ouvrage. A découvrir également aux Rencontres photographiques d’Arles, puis à la galerie Coalmine à l’automne.


«Looking for Lenin», Niels Ackermann, Sébastien Gobert, Editions Noir sur Blanc, 176 pages.

Du 3 juillet au 24 septembre aux Rencontres photographiques d’Arles, Cloître Saint-Trophime.

Du 20 octobre au 23 décembre à la galerie Coalmine, à Winterthour.

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