Uma Thurman raconte. «Ma grand-mère paternelle était actrice, cela m’a sans doute donné l’idée que c’était possible. Vers 12 ans, j’ai dit à ma mère que je voulais être actrice. Elle m’a répondu [elle fait une voix blasée]: «Ouais, tout le monde veut faire ça.»

A New York – elle vient de Boston –, Uma Thurman a persévéré. Elle est devenue actrice à 18 ans, a vite atterri sur le plateau de Terry Gilliam pour son Munchausen, et d’autres, «l’incroyable expérience de jouer avec Glenn Close ou Keanu Reeves».

Les moments Tarantino

Puis, bien sûr, Quentin Tarantino, de la scène de danse de Pulp Fiction («je crevais de peur, puis je n’ai plus pu m’arrêter») à Kill Bill – «Je venais d’avoir mon fils, or je ne peux enfanter à moins de près de 90 kilos. J’ai fait cinq heures d’entraînement par jour, cinq jours par semaine.»

Uma Thurman est sur la grande scène du festival Séries Mania, à Lille. Courte veste de cuir noir, parole claire, professionnelle, brève sauf lorsqu’elle évoque ses enfants. Mais elle parle volontiers de ses metteurs en scène, de Tarantino donc («il a un humour qui n’est pas le mien, mais il est libre, toujours») à Lars von Trier («je le respecte, tout simplement»).

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Elle évoque brièvement les bienfaits de la vague #MeToo: «Sans conteste, nous avions connu le pire en matière d’environnement de travail – non, pas le pire, mais quelque chose de très difficile. Le contexte est nettement meilleur…»

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Quelques aventures en séries

Et puis, la télé («c’est mon fils qui me conseille, pour les séries à regarder»). Elle commence avec cinq épisodes de Smash, en 2012, histoire de la mise au point d’une comédie musicale sur Marilyn Monroe produite par Steven Spielberg. Uma Thurman y retient «deux scènes de danse, j’étais contente… Contrairement à ce qui se dit parfois à propos des tournages de TV, je n’ai pas trouvé l’expérience plus difficile. Après tout, celui de Kill Bill avait été assez fou.»

Elle est plus présente dans la chorale The Slap, en 2015 – année où elle apparaît avec un drôle de visage, tiré – puis joue dans la comédie noire Imposters. La voici dans Chambers, série en dix épisodes de Netflix, qui l’agende pour le 26 avril.

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«Chambers», une mère trouble

Elle y incarne une mère. Blessée, comme mari et fils. Becky, la fille, est récemment décédée. La série porte sur Sasha, une ado comme Becky, qui, à la suite d’un gros pépin, doit recevoir un cœur. C’est celui de Becky. Sasha, qui vit chichement avec son oncle, rencontre la famille de la donneuse, désireuse de l’aider au point de lui offrir une généreuse bourse pour un lycée dans la région des riches, dans cet Arizona balayé par les tempêtes de sable. Tout se passe étrangement: le rapport à la famille de Becky, l’arrivée au lycée, ces surprenantes compétences que Sasha développe soudain.

Dans ses premiers épisodes, Chambers amorce un feuilleton horrifique prometteur, quoique un peu foutraque. En mère ravagée et trouble, Uma Thurman promet un grand rôle d’ambiguïté, un brouillard de sable entourant la vie et la mort de Becky.

Uma Thurman n’a pas encore 50 ans et elle semble assumer une posture de transmission. Elle vante Chambers parce que la série «rassemble tant de jeunes gens». Elle a 15 ans de plus que l’auteure ou la productrice… Et elle parle de sa fille. «Elle est comédienne. Elle joue dans une série Netflix, elle aussi.»