Avec son allure dégingandée, István Várdai n'a pas exactement le profil d'un gagnant. Ce Hongrois de 22 ans a raflé pratiquement tous les prix, lors de la finale de violoncelle lundi soir au Concours de Genève (Victoria Hall), y compris le très convoité et rarissime Premier Prix. Il en avait l'air presque gêné, ce qui ne l'a pas empêché d'esquisser des sourires et de faire la révérence.

Son jeu, tout en éclat et en finesse, a fait la différence. Quant à son allure dégingandée, on l'oublie complètement une fois qu'il est assis à son violoncelle. C'est un autre être qui émerge, habité par son art, fermant les yeux pour sentir le juste poids des notes, écarquillant le regard lorsqu'il s'agit de se montrer plus véhément, plus impétueux.

Pour une fois, jury et public sont tombés d'accord. Beaucoup se sont demandé si István Várdai ne serait pas écarté, ou du moins relégué à la seconde place, en raison de son charme inné. «Mauvaise nouvelle», a annoncé François Guye, président du jury, avec un sourire en coin. «Il n'y a pas de troisième prix.» Ouf! La salle se détend, et François Guye, après avoir vanté «l'aspect technique évident» chez les trois finalistes («ça devient préoccupant pour nous autres vétérans») et souligné «l'entente parfaite au sein du jury», déroule le verdict. Le Moscovite Alexander Buzlov, 25 ans, décroche un Deuxième Prix, de même que l'Allemand Peter-Philipp Staemmler, 22 ans. Depuis trois ans, aucun Premier Prix n'avait été décerné. C'est dire les espoirs que promettent ce concentré de musicalité qu'est István Várdai.

Plus que les deux autres concurrents, le violoncelliste hongrois a laissé parler sa voix intérieure. Les Variations Rococo de Tchaïkovski, qui peuvent perdre toute substance lorsque l'esprit n'y est pas, présentent ce juste équilibre entre éloquence du geste et cabotinage. István Várdai développe une sonorité claire et chantante; son médium est chaud et racé, le grave d'une belle profondeur. Il s'autorise des prises de risque, sait canaliser l'expression dans les passages plus retenus (jeu détimbré). C'est un artiste qui raconte, qui vit la musique. Son plus grand défi sera de préserver son intuition sûre. Cette étoile sortie de l'Académie Franz Liszt de Budapest se perfectionne à Vienne auprès de Reinhard Latzko.

Assistant de Natalia Gutman (laquelle siégeait dans le jury), Alexander Buzlov ne manque pas d'atouts non plus. Son jeu, d'un grand classicisme, sa sonorité cuivrée et le velouté de son timbre ont fait forte impression dans les Variations rococo. Mais certains passages manquent un peu d'inventivité; il joue la sécurité. Peter-Philipp Staemmler, dont beaucoup ont vanté la Sonate pour violon et violoncelle de Ravel lors de la Finale 1, empoigne le redoutable Concerto de Schumann. Son legato est superbe (mouvement lent), mais Schumann appelle un jeu plus fébrile. Le jeune homme, accompagné lui aussi par Simon Gaudenz et l'Orchestre de chambre de Genève, doit encore apprendre à sortir de lui-même, à communiquer avec le public.

Enfin, on notera que le Prix Paul Stein, destiné à un candidat méritant n'ayant pas franchi les barrières de la finale, a été attribué à Julian Arp. Cet Allemand de 27 ans, que nous avons entendu lors du Récital 2, a livré de très vivantes lectures de la Sonate de Debussy et de celle de Britten. Un musicien-né, alliant fougue et finesse. A suivre.