Web-série

Un ado genevois au cœur de la présidentielle américaine

«Le Temps» diffuse à partir de ce lundi les dix épisodes de «It’s So L.A.», du cinéaste Frédéric Choffat. Un format court dans lequel son fils de 14 ans commente depuis la Californie les élections américaines

Il s’appelle Solal, il a 14 ans, et la politique le fascine. Fils du cinéaste Frédéric Choffat et de la scénariste et dramaturge Julie Gilbert, il vit depuis une année avec ses parents entre Genève et Los Angeles, où ceux-ci préparent un long-métrage de fiction qui devrait être tourné l’an prochain dans une réserve navajo. Un jour, le couple et ses deux enfants décident, pour voir, de se rendre à un meeting de Bernie Sanders, au moment où celui-ci lutte encore face à Hillary Clinton pour l’investiture démocrate.

Le premier épisode, auprès des fans de Bernie Sanders:

«Solal avait vraiment envie de voir à quoi pouvait ressembler un tel meeting, raconte Frédéric Choffat. Je me suis alors dit que ce serait bien que je prenne ma caméra. En plaisantant, j’ai demandé aux enfants quelles questions ils poseraient à Sanders si on le croisait. Ils se sont pris au jeu et ont ébauché quelques questions. Depuis, Solal s’est vraiment pris de passion pour les élections et on a décidé de continuer.»

D’un meeting de la favorite à un autre de son adversaire Donald Trump, d’un sujet réalisé le jour de leur premier débat télévisé à une plongée dans un pow-wow amérindien, Solal et son père se sont immergés avec passion dans la course à la succession de Barack Obama.

L’intérêt de l’adolescent pour les formats YouTube et l’Internet ont alors donné l’idée à son père de développer une Web-série. Elle s’intitule «It’s So L.A.», et «Le Temps» la propose sur son site dès ce lundi en exclusivité, avant qu’elle ne soit montrée en novembre en compétition du Festival Tous Ecrans. Trois épisodes d’un peu moins de trois minutes seront diffusés chaque semaine jusqu’au week-end précédant l’élection, qu’un dixième et ultime chapitre résumera au lendemain du 8 novembre.

Comprendre le langage YouTube

«J’avais envie d’essayer un nouveau format, de voir ce qu’on arrive à dire dans un temps si court sans pour autant être superficiel, confie Frédéric Choffat. Comment comprendre ce langage YouTube d’aujourd’hui, où les nouvelles générations saisissent de quoi on parle avant même que la phrase ne soit finie. Tout est instantané, immédiat. C’est assez flippant, car ce langage manque souvent de recul et de réflexion, mais c’est en même temps passionnant de voir que les ados ont accès à un savoir immense, et sont beaucoup plus critiques qu’il ne le paraît par rapport à ce qu’ils voient, à ce qu’on leur dit. La multitude d’informations les oblige à se positionner, à trier, à choisir.»

Dans le mini-générique de la série, Solal évoque son envie de comprendre le mythe américain. Mission réussie? «Si on parle du fait de réussir ce qu’on voulait faire, je l’ai découvert, oui, dit-il. J’ai réussi à suivre les élections et à interviewer d’autres fans de ce show continu qu’on appelle les présidentielles américaines.» Le Genevois estime que les Etats-Unis ont besoin de changement.

«C’est un pays qui a pour règle le capitalisme, où tout est individuel et lié à l’argent. C’est ça le problème, analyse-t-il. Il n’y avait pas d’assurance publique de santé avant Obama, elles étaient toutes privées et réservées aux riches à cause de leurs prix. Et le racisme est plus ou moins ancré; ça dépend des régions et des états, mais malheureusement ça ne s’améliore pas beaucoup. Je trouve ce pays intéressant mais je ne me vois pas y vivre.»

Un désir de changer le monde

De cette mégapole qu’est Los Angeles et ses plus de quatre millions d’habitants, Solal a l’image d’une ville divisée. D’un côté ses stars et les maisons aux grandes piscines, et de l’autre les SDF, l’obésité et des quartiers coupe-gorge. Se plonger dans les élections lui a donné la certitude, on ne s’étonnera guère, qu’Hillary Clinton est la meilleure candidate. «J’espère vraiment qu’elle sera élue. Il faut vraiment éviter d’avoir Trump comme président et qu’il soit responsable du bouton de l’arme atomique. J’aurais préféré avoir la candidate des «green» Jill Stein, car on voit qu’elle est honnête et ne se cache pas derrière des fausses vérités autour du réchauffement climatique comme le fait Trump. Mais je pense qu’Hillary sera une bonne présidente.»

A voir Solal aussi à l’aise, parler spontanément avec des militants, des Américains de tous âges et classes sociales mais aussi avec l’actrice Rosario Dawson, rencontrée durant le meeting de Bernie Sanders, on se dit qu’il ferait un excellent journaliste. Pourtant, ce métier ce ne l’intéresse pas, même s’il avoue le trouver intéressant. «Je préférais trouver une manière de vraiment changer le monde, peut-être en m’impliquant en politique, car j’en ai marre des magouilles et des politiciens corrompus.» Il a déjà au moins la base de son programme.

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«It’s So L.A.», une Web-série de Frédéric Choffat en dix épisodes à voir dès le 17 octobre sur le site du «Temps».

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