Thierry Romanens porte un marcel blanc un peu distendu, sa tenue préférée pour les grosses chaleurs: «Aujourd'hui, le maillot de corps ne fait plus camionneur mais Chippendale. On peut donc croire que j'exhibe mes muscles. Or il n'en est rien.» Le débit est rapide, jouissif. Les 33 degrés qui s'engouffrent par la porte d'entrée du Buffet de la gare de Lausanne plombent l'atmosphère. Thierry Romanens est aussi léger qu'un papillon. Il achève tout juste une série de représentation aux Théâtres d'été de Nyon avec Piqûre de mystique, son deuxième one-man-show, qui met en scène un célibataire coincé entre les préceptes d'une mère omniprésente et une solitude maquillée en choix de vie. Pour l'occasion, l'humoriste s'est adjoint les services du metteur en scène Denis Maillefer: «Au café-théâtre, l'interprète cherche le rire du public. J'ai dû apprendre à me défaire de cette obsession. Cela me coûte encore».

Le spectacle lui a valu en avril le Prix suisse de la scène, une récompense attribuée à Thoune par l'organisation nationale Artistes-théâtre-promotion. Une reconnaissance pour un parti pris fragile, celui de l'humour trempé dans une bassine de questionnements plutôt saugrenus sur une scène de café-théâtre comme le rapport à Dieu, à la spiritualité, à la solitude. «On est tous égaux devant l'angoisse, la déprime et la mort. J'aime ces moments de fragilité. Je pointe tout ce qui n'est pas maîtrisable, tout ce qui me rappelle que je ne suis pas le maître du monde.»

Le public le suit dans ces interrogations. Les applaudissements à Nyon étaient riches de mercis murmurés à voix basse. «Une dame âgée est venue me dire après le spectacle: ‘je me sens aimée.' J'ai reçu des lettres aussi.» A quoi ressemble la foi de Thierry Romanens? «Je ne pratique pas. Je ne suis pas bircher et Birkenstock. J'aime quand la vie brasse. Mais je trouve les rites structurants. Ce sont des moments-ressources.» Cela dit, les pauses, les respirations ne sont pas monnaie courante dans l'emploi du temps sans vacances du performeur: «J'ai toujours peur de rater quelque chose si je pars.»

Spirituel speedé, Thierry Romanens se mobilise pour donner forme à ses rêves. Ainsi de la chanson. Ce soir, au Fornex Rock Festival, sur la clairière du Martinet à Liddes en Valais, il se lance dans son premier tour de chant. Au programme: des paroles signées Romanens sur des airs de java, de cabaret, et de rock franco-irlandais. A 17 ans – première expérience scénique – il chantait et jouait de la mandoline dans un groupe de blue-grass country à Lyon. De la mandoline? «Je faisais partie de la faune blue-grass de Lyon. On était les folkeux de la bande, un peu paria d'ailleurs. La mandoline possède des qualités rythmiques extraordinaires». Ce n'est pas l'herbe bleue et le petit instrument à cordes qui ont conduit Thierry Romanens en Suisse, le pays de ses origines, mais son premier métier de psychomotricien. «La formation de psychomotricien comprend des cours d'expression corporelle. J'avais 18 ans, je me suis retrouvé devant dix filles qui avaient toutes fait de la danse quand elles étaient petites. Moi, j'étais le type qui restait cloué au bar dans les boîtes. Le choc m'a décoincé à vie. C'est là que j'ai appris les rudiments de la scène.»

Thierry Romanens se verrait bien mener la musique et l'humour de front. Un petit regret: «Thierry Romanens, c'est pas très inspirant comme nom de chanteur. J'aurais dû prendre un pseudo. J'habite la ruelle Thomas à Châtel-Saint-Denis. Ruelle Thomas… Thomas Ruelle. Thomas Ruelle…»

Fornex Rock Festival, Clairière du Martinet à Liddes (VS) sur la route du Grand-Saint-Bernard. Les 14 et 15 août, dès 20h. Rés. Ticket Corner. Avec FMR, Core, Smartship Friday, Matt Arrow, New Model Army, etc.