Les accessoires que l'on pourrait considérer dans le spectacle de Denis Maillefer comme des chichis anecdotiques sont en fait une astucieuse manière de détourner la réalité pour l'intégrer à l'imaginaire collectif. On retrouve donc dans Je suis le mari de*** aussi bien l'univers de la pub que celui des émissions télévisuelles, style Bas les masques.

Décor unique: un frigo, une chaise, et une robe blanche suspendue, avec un décolleté qui laisse deviner la place immense laissée aux seins. Ceux de Lolo, bien sûr, «melons magnifiques» qu'André Borlat (Roland Vouilloz, excellent) voudrait «tâter» et «sucer» et contre lesquels il viendra, à la fin, enfouir son visage d'homme-enfant. Comme dans la pub pour une voiture, quand un bébé s'écrase la face contre un airbag, ersatz d'une maternité salvatrice. Mais avant de devenir la figure d'une mère absente, Lolo aura été pour Borlat une femme fatale. Un poids trop lourd pour cet homme solitaire, boulanger de son état, qui décharge sa libido par la masturbation et la confession. De cette dernière, Maillefer fait la pierre angulaire de son spectacle conçu comme un show télévisé où l'acteur, assis face à la salle, prend le public comme confident. Vouilloz-Borlat actionne une caméra qui le filme en direct et projette son image sur le frigo-écran, en alternance avec des paysages alpins. Sa vie devient ainsi une séquence filmique donnant à son amour pour Lolo l'improbabilité du rêve, et au texte un sens inattendu.