Economie, politique, société, culture, sport, sciences: les enjeux écologiques traversent toutes les strates de notre société. Comment passer de l’analyse à l’action? Quelle est la part de décisions individuelles et celles qui relèvent de choix politiques? Pourquoi la complexité du défi ne doit pas nous décourager?

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A priori, Kim Pasche et Michael Palma viennent de deux mondes tellement opposés que rien n’aurait dû les réunir. S’ils ont tous deux grandi dans le canton de Vaud, le premier est en effet archéologue expérimental, trappeur et auteur, et vit une partie de l’année dans le Yukon, tandis que le second est associé et membre du comité exécutif de la banque Mirabaud. Mais une émission de télévision servira d’entremetteuse.

C’est après avoir vu un reportage de Passe-moi les jumelles consacré à Kim Pasche que Michael Palma a décidé de contacter celui qui se définit comme un orphelin du sauvage. Dès l’enfance, constatant qu’on avait perdu tout lien avec nos ancêtres cueilleurs-chasseurs, Kim Pasche a eu envie de se reconnecter avec la nature, de comprendre les gestes ancestraux, un apprentissage qui lui a permis de travailler au contact des peuples premiers canadiens – qu’il qualifie plutôt de «peuples racines» pour souligner les liens profonds qui les unissent à leur environnement naturel. «A peine l’émission terminée, j’ai cherché son contact et je lui ai écrit. J’ai eu envie de le rencontrer pour lui dire qu’on n’était pas tous totalement déresponsabilisés», raconte le banquier.

Notre portrait de Kim Pasche: Orphelin du sauvage

Lorsqu’il se rend pour la première fois au siège genevois de la banque Mirabaud, Kim Pasche redoute que Michael Palma n’ait vu en lui qu’un moyen de s’acheter une bonne conscience. Les deux hommes parlent, échangent, se revoient, et au final prennent conscience qu’il est nécessaire pour eux de sortir de leur champ de représentation habituel. «Je devais comprendre sa motivation, lui devait saisir mon approche philosophique», résume celui qui vient de réaliser pour Arte le documentaire Yukon: sur la piste des caribous. Après d’intenses échanges, les Vaudois ont lancé il y a une année le projet PACT – Plateforme d’alliance collaborative pour la Terre. Mais sans annoncer de mesures concrètes. A une époque où tout va vite, où on cherche à trouver des solutions instantanées à chaque problème, ils ont acquis la certitude qu’ils devaient s’inscrire dans un temps long, s’offrir le luxe de la réflexion et du recul.

Sentinelles et Entre-rêveurs

Ils étaient deux, ils sont aujourd’hui cinq à présider aux destinées de PACT. Depuis son lancement le 2 mai 2018, la structure compte 400 membres. Certains sont des Sentinelles, d’autres des Entre-rêveurs. Plutôt issues de la sphère de Michael Palma, les Sentinelles sont là pour amener des ressources. Celles-ci peuvent être financières, mais aussi politiques, humaines, entrepreneuriales ou techniques. Les Sentinelles sont des facilitateurs, des leviers. Les Entre-rêveurs, eux, proposent des idées, réfléchissent sans avoir à se préoccuper de la mise en œuvre et de la faisabilité de leurs projets.

Après deux ans de gestation et douze mois d’existence, PACT dévoile ce printemps deux projets. Le premier, local, a pour but, comme l’a jadis fait Kim Pasche, de reconnecter les élèves romands avec la nature, à travers des programmes pédagogiques scolaires. Le second se déploiera à l’échelle internationale entre le Canada et la Colombie. Il prendra la forme d’une grande marche qui emmènera de jeunes Yukonais dans les montagnes de la Sierra Nevada, à la rencontre des Kogis. Un peuple premier qui a su préserver ses traditions tout en vivant en harmonie avec le monde moderne, là où au Canada beaucoup de cultures ancestrales se sont en grande partie évaporées.


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