La polémique agite déjà la capitale autrichienne et pourrait réveiller les fantômes de l’affaire Thomas Hirschhorn en Suisse. Car Pro Helvetia a versé un soutien de 15’000 francs à l’exposition. Pius Knüsel, directeur de la Fondation, défend ce choix.

Le Temps: Qu’est-ce qui a motivé le soutien de Pro Helvetia pour l’installation de Christoph Büchel? Pius Knüsel: Le conseil de fondation a reçu un projet présenté dans sa globalité et pensé pour son inscription dans le lieu qui le reçoit, soit la Sécession. Orienté autour du thème de l’hygiène, le concept de Christoph Büchel a convaincu par sa cohérence et sa pertinence. Il s’agit d’une installation complexe qui se penche aussi bien sur les aspects positifs et négatifs de l’hygiène. Les éléments sont un sauna, des garde-robes, une partie de la canalisation de Vienne, une installation d’épuration d’eau, etc. Büchel thématise également la difficulté pour des lieux tels que la Sécession d’assurer leur attractivité en restant fidèle à leur politique, soit l’exposition d’artistes contemporains.

– N’empêche que Pro Helvetia soutient ainsi un club d’échangisme, partie essentielle de l’exposition? Et qui offre ses services durant les soirées. Drôle de carte de visite pour une institution nationale! – Le club se finance lui-même, contribue même au financement de l’exposition. Aucun franc des 15’000 était versé pour le club. Situé en sous-sol il est une partie de l’installation. Il était mentionné dans le projet présenté à notre conseil de fondation qui l’a accepté en tant que tel. Cela dit, il n’était pas précisé que le club serait ouvert pour ses services habituels.

– Le détail n’est pas anodin... – Non, mais cela ne change rien à notre soutien. Christoph Büchel est un artiste réputé internationalement, notamment pour son inscription dans le réel. Il ne nous revient pas de censurer sa façon d’utiliser ce lieu public qu’est le musée. De plus, ce serait contraire à notre politique de cesser un soutien à un artiste pour la seule raison qu’il provoque.

– On entend déjà des voix – notamment politiques - critiquant l’utilisation de l’argent public pour pareille provocation. L’affaire Thomas Hirschhorn ne vous a pas rendu plus prudent? – Nous ne voulons pas d’une prudence qui nuise à notre mission. Nous allons entendre des réactions. Mais je suis convaincu que la politique ne veut pas punir des artistes. Ce projet n’insulte personne, n’agresse personne. Il nous fait simplement réfléchir sur un phénomène de société. A partir de là, je ne peux que prier le Dieu des artistes pour que nous ne soyons pas forcés de vivre un deuxième «cas Hirschhorn».