Voilà un polar dépaysant à plus d’un titre. D’abord parce que Le Sniper, son wok et son fusil se passe en grande partie à Taïwan. Ensuite parce qu’en dépit de trois assassinats et de quelques guets-apens meurtriers, il est traversé par une ironie douce qui lui confère une sorte d’irréalité atemporelle. Et cela bien qu’il s’inspire – très librement, il est vrai – de la plus grosse histoire de corruption qu’ait connue l’île, la fameuse «affaire des frégates de Taïwan» qui défraya la chronique dans les années 1990. Dépaysant, enfin, ce roman l’est parce que son auteur, Chang Kuo-li, qui fut longtemps rédacteur en chef du China Times Weekly, fonctionne également comme critique gastronomique. Un savoir gourmand dont il fait largement bénéficier le lecteur qui déguste, à volonté, un plat de raviolis fumants avec une farce à la ciboulette à l’ancienne, un pain aux tripes de porc avec coriandre et cacahuètes pilées ou la promesse d’incomparables sandwichs gastronomiques achetés au marché de nuit de Keelung.