Caractères

Un auteur, ... une «autrice»?

«On dit bien auditrice, pourquoi pas autrice?» m’a lancé l’autre jour une collègue avisée

Franchement, au début je n’étais pas enthousiaste face au mot «autrice». Qualifier mes romancières, écrivaines et autres auteures d’autrices me semblait un peu rude, un peu écorché, un peu dissonant. Je suis moi-même une potentielle autrice d’articles et de chroniques, et le mot me semblait trop acéré, trop pointu, trop inusité pour être revendiqué. Je lui préférais la douceur d’auteure.

Et puis, j’ai commencé à m’y habituer. Autrices et auteurs de Suisse, l’ADS, l’association des écrivaines et écrivains suisses, a été, pour moi, une première projection possible du mot dans le monde réel. Il me semblait procéder de sa traduction. La formule au féminin est en effet très naturelle en italien – Autrice e Autori – ou en allemand – Autorinnen und Autoren – et même en romanche – Auturas ed Auturs, mais elle sonnait plus étrange, plus militante en français. Pourtant, si on y songe vraiment, Auteures et auteurs de Suisse aurait paru carrément redondant.

N’en déplaise à l’Académie française

«On dit bien auditrice, pourquoi pas autrice?» m’a lancé l’autre jour une collègue avisée. Mais oui! Auditrice, actrice, puéricultrice, administratrice, agitatrice, bienfaitrice, agricultrice, ambassadrice, compétitrice, conservatrice et même tentatrice, séductrice, corruptrice ou simulatrice, j’en passe et des meilleures.

Côté grammaire, d’ailleurs, rien à dire, le mot est impeccable, n’en déplaise à l’Académie française, qui sur le sujet fait piètre figure. Dans sa neuvième édition, la plus récente, le dictionnaire de l’Académie française – qui ne possède pas d’entrée sous «AUTRICE» ou «AUTEURE» – donne en exemple, dans sa définition du mot «AUTEUR» (qui lui existe bel et bien), la formule: «Elle est l’auteur d’un excellent roman.»

Au commencement était le verbe

Ainsi l’usage dicté par l’Académie va contre la langue et même contre l’histoire, comme le montrent les travaux des lexicographes qui, tous, soulignent la prospérité que connut jadis le beau mot d’autrice. Le Petit Robert, lui, l’accepte en bonne logique. Mais il le qualifie de rare.

Plus j’écris «autrice», plus il me semble familier et même joli, presque aussi joli qu’auteure, que j’aime depuis longtemps. Plus je me le répète, moins il résiste. Au commencement était le verbe, et s’il suffisait de le dire, de l’utiliser, de le faire vivre, de le propager pour qu’il devienne évident, peut-être même, finalement, aux yeux sourcilleux de l’Académie… Suis-je assez tentatrice pour qu’on se mette à autrice, ou me trouvez-vous trop provocatrice?

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