Cinéma

Un Avenger au crépuscule dans «Thor: Ragnarok»

Le fils d’Odin revient affronter la déesse de la mort et Hulk. Cette apocalypse bariolée n’engendre pas la mélancolie

Dans l’exorde de la Völuspá, le scalde requiert le silence parmi les membres sacrés des familles de Heimdall avant d’entonner son chant. Pauvre vieux! Quand Marvel porte à l’écran l’Edda poétique, le silence n’a pas droit de cité: fracas de l’acier contre l’acier, rugissements de dragon et de réacteurs, feulement cosmique de vortex spatiotemporel… Sans oublier Led Zeppelin («Immigrant’s Song») qui frappe à deux reprises durant les combats les plus féroces.

Avec tout ce bruit, on s’entend à peine rire de bon cœur. Car Thor: Ragnarok ne se prend guère au sérieux, comme si la bêtise joyeusement assumée des Gardiens de la Galaxie avait déteint sur les mythologies nordiques.

On se souvient que, dans L’Ere d’Ultron, les Avengers ont défait un robot génocidaire. Thor (Chris Hemsworth) est ensuite parti en solo dans le cosmos. Après quelques exploits apéritifs, il rejoint l’Asgard, le séjour des dieux, noyauté par son demi-frère, l’infâme Loki (Tom Hiddleston, toujours délectable). Celui-ci a mis leur père Odin en maison de retraite à New York, mais le divin vieillard a disparu. Le Dr. Strange envoie les frangins retrouver leur daron sur une falaise finlandaise.

Sur ce, leur sœur Hela (Cate Blanchett qui s’est fait la tête de Maléfique), déesse de la mort, surgit de son exil. Elle leur met une rouste et part régner sur Asgard, tandis qu’ils s’échouent sur la planète Sakaar, la grande déchetterie galactique. Là, Thor va affronter dans l’arène une vieille connaissance, un collègue Avenger perdu de vue: Hulk, le géant vert de rage!

Marteau perdu

Réalisé par Taika Waititi, un Néo-Zélandais qui ne manque pas d’humour, comme il l’a démontré dans la série télévisée Les Boloss: Loser attitude ou la comédie horrifique Vampires en toute intimité, ce troisième volet des aventures Marvel du dieu viking célèbre dans un délire kitsch confinant au psychédélisme les noces de l’heroic fantasy et du space opera, la rencontre du Seigneur des Anneaux (un démon incandescent de la famille du Balrog, l’armée des morts) et de Star Wars (des créatures extraterrestres pittoresques, des blasters).

Ivre de «n’importe quoitisme» décomplexé, la partie sur Sakaar, forte des interactions puériles entre Thor et Hulk et d’un tyran magistralement interprété par Jeff Goldblum, est la plus savoureuse; le crépuscule des dieux et ses destructions massives sont moins originaux.

Défi incessant aux lois de la physique et de l’anatomie humaine, Thor: Ragnarok multiplie les combats les plus insensés sans verser la moindre goutte de sang. La mélancolie constitutive de l’Armageddon nordique tempère toutefois la farce. La supervilaine Hela est vaincue, mais cette victoire a un prix: l’Asgard est détruit, Thor perd son marteau, l’œil droit (comme son papa) et sa chevelure d’or. Dans un des bonus du générique de fin, l’ombre du vaisseau de Thanos tombe sur lui…


Thor: Ragnarok, de Taika Waititi (Etats-Unis, 2017), avec Chris Hemsworth, Mark Ruffalo, Tom Hiddleston, Cate Blanchett, Jeff Goldblum, Anthony Hopkins, 2h10

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