Après avoir bouleversé la Croisette avec les flamboyants Mommy et Juste la fin du monde, après avoir tourné sans grand succès un premier film anglophone (The Death and Life of John F. Donovan), l’enfant prodige du cinéma québécois, 30 ans et sept films, revient à Cannes. Ayant renoncé à devenir le plus jeune récipiendaire de la Palme d’or, mais non à la décrocher, Xavier Dolan présente Matthias et Maxime.

La première partie fait un peu peur. Elle réunit dans un chalet une bande de trentenaires ayant su préserver leur part de puérilité, tous atteints d’une logorrhée irrépressible. On ne sait s’il faut s’accrocher aux sous-titres français ou anglais pour ne pas perdre pied dans ce flux de joual charriant nombre d’anglicismes et d’expressions argotiques. Va-t-on subir une dissertation générationnelle comme dans Le Déclin de l’empire américain, de Denys Arcand (nommément cité)? La mécanique superficielle se détraque lorsqu’une insupportable jeune étudiante en cinéma force deux amis d’enfance, Matthias et Maxime (Xavier Dolan), à s’embrasser pour les besoins de son court métrage (1 min 06…). Ce baiser contraint ravive des sentiments refoulés.

Le cinéaste raconte avec empathie quelques jours dans la vie de deux amis chavirés, Matthias, qui fait carrière dans la finance, et Maxime, un garçon doux et courageux qui part faire le barman en Australie pour se décharger du fardeau d’une mère alcoolique. Magnifiquement mis en scène (travelling latéral conduisant à une fenêtre derrière laquelle l’amour s’exprime, teuf filmée en accéléré) et interprété, Matthias et Maxime touche droit au cœur.