Musique

Un «Baron tzigane» sans panache

L’Opéra des Nations présente une opérette de Johann Strauss fils aux costumes colorés, sur un concept a priori original, mais le spectacle ne tient pas ses promesses

Le Baron tzigane est l’exemple typique d’un spectacle qui commence bien mais qui ne tient pas ses promesses. Pourtant, l’idée de départ était ingénieuse: transposer l’action dans l’esprit d’un jeu de société. A l’Opéra des Nations de Genève, l’opérette de Johann Strauss fils est chantée non pas en allemand, mais en français – ce qui facilite la compréhension, mais pose des problèmes de prosodie. On a donc un double écueil, dans la réalisation de la mise en scène et dans l’adaptation en français.

A la fois légère et grave, cette opérette déroule en toile de fond les thématiques de l’exil, de la spoliation, de l’inégalité entre riches et pauvres. Comme dans toute comédie, les personnages sont moqués pour leurs travers, ce que la mise en scène de Christian Räth tente de mettre en lumière, mais sans parvenir à les faire vivre au-delà de stéréotypes passablement appuyés. Surtout, la direction d’acteurs et les mouvements de foule manquent de naturel. Tout cela est très codifié, «voulu», à gauche, à droite, à nouveau à gauche, et l’on a l’impression que les déplacements – assez raides – n’ont pas été assimilés par les chanteurs et les chœurs.

Jeu de société

C’est dommage, car le rideau s’ouvre sur un décor plaisant à l’œil – la scène transformée en vaste plateau de jeu de société. Le public vit alors une sorte de «chasse au trésor», en écho à l’histoire narrée dans l’opérette qui remonte au XVIIIe siècle et parle d’un trésor enfoui dans les murailles d’un château. Or, ce château revient à un jeune aristocrate, Sándor Barinkay, dont les parents ont été dépossédés de leurs biens. Barinkay se heurte à un voisin encombrant, un riche éleveur de cochons, qui est venu empiéter sur ses terres. C’est le début de rivalités qui s’étendent à deux factions: les éleveurs de cochons et les bohémiens qui soutiennent Barinkay, le «Baron tzigane».

Le trésor sert de fil rouge à la mise en scène. Un gros effort a été porté aux costumes, colorés, très typés – aïe, les tenues de rockeurs! Mais la métaphore du jeu de société ne dévoile rien des personnages. On se concentre dès lors sur la distribution, hélas inégale. Le ténor Jean-Pierre Furlan (Barinkay) met du temps à trouver son assise, la voix pas très unifiée, mais il affiche des aigus puissants et vaillants. La soprano Eleonore Marguerre campe remarquablement la bohémienne Sáffi: voix ronde, chaude, et c’est avec son air au premier acte que l’on commence à ressentir de l’émotion.

Grand écart, petite voix

Marie-Ange Todorovitch présente un timbre guttural en Czipra. D’abord un peu sage, la jeune Melody Louledjian (Arsena), au timbre gracieux, pur, gagne en étoffe au fil de la soirée. Jeannette Fischer compose un vrai personnage en Mirabella, sans parler de son grand écart à même le sol! Dommage que sa voix, plutôt petite, soit couverte par l’orchestre. Daniel Djambazian exacerbe le côté pincé du Comte Carnero avec une diction archi-claire, presque affectée. La voix de Marc Mazuir (le Comte Homonay), elle, se perd dans les décors. Quant à la basse Christophoros Stamboglis, il a très bien campé l’éleveur de porcs Szupán en première partie de soirée vendredi dernier; suite à une indisposition, il avait la voix bien terne en seconde partie, et a été remplacé dimanche soir par Wolfgang Bankl.

Le jeune chef bernois Stefan Blunier dirige l’OSR avec un certain allant, du rythme, mais l’orchestre couvre les voix, et des décalages s’avéraient trop fréquents lors de cette première. Un spectacle inabouti, donc. Dommage pour ce Baron tzigane qu’on aurait aimé applaudir.


Le Baron tzigane, Opéra des Nations, Genève, jusqu’au 6 janvier 2018.

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