Un bateau nommé «L’Hypoténuse», ou les dessous d’Astérix dévoilés

Livre Des entretiens de René Goscinny sous forme d’abécédaire

«Quand j’ai entendu un de mes grands anciens me dire: «Le métier de scénariste? C’est à la portée du premier imbécile venu», j’ai compris que j’avais trouvé ma voie.» René Goscinny, né en 1926 et mort en 1977, fut entre autres le scénariste d’Astérix, Lucky Luke, Iznogoud et le Petit Nicolas (et le rédacteur en chef du grand Pilote). Il a apporté tellement de plaisir à tellement de monde qu’il apparaît lui-même comme un personnage extraordinairement sympathique. Cette sensation est confirmée par la parution de René Goscinny raconte les secrets d’Astérix .

Le livre se présente comme un abécédaire et est constitué d’extraits des divers entretiens donnés par l’humoriste. Bien sûr, des choses se répètent, toutes les entrées ne sont pas de qualité égale et peut-être aurait-on préféré avoir les entretiens dans leur totalité (comme on aurait fait pour un «vrai» écrivain qui aurait eu sa renommée), on n’en est pas moins très content d’avoir déjà ces pages-ci.

«Oh, qu’il est beau, le tarin de ta reine!»

D’autant qu’il y a des gags qu’il n’a pas utilisés et qui seraient perdus si ce livre ne les diffusait. «Dans le prochain Astérix, je mettrai un bateau grec, qui s’appellera L’Hypoténuse, les officiers iront manger au carré de L’Hypoténuse…» René Goscinny dit par ailleurs être reconnaissant au nez de Cléopâtre pour «ce jeu de mots dont je suis fier: «Oh, qu’il est beau, le tarin de ta reine!» Mais l’Antiquité n’est pas son unique domaine. «Quand «ils» ont surnommé le premier satellite français «Astérix», je l’ai appris par les journaux, et j’ai prié pour qu’il ne se casse pas la gueule…» Goscinny précise: «On dit même que c’est un satellite qui ne servira à rien. Je suis très flatté!»

Il parle aussi du cinéma et comment Uderzo et lui ont pu passer pour «des dingues» aux yeux d’un producteur à qui ils ont dit: «Ce qu’il faudra, c’est cinq mille figurants pour un gag qui va durer dix secondes.» De politique: «Je suis un passionné de liberté, un mot qui ne veut plus dire grand-chose puisqu’il y a des passionnés de liberté qui veulent sortir les gens de prison – ce qui est bien – pour en mettre d’autres à la place – ce que je trouve moins bien.» Et même d’art militaire: «J’aime bien les soldats en retraite, en débandade. Ceux qui avancent m’ennuient.»

René Goscinny raconte les secrets d’Astérix , Le Cherche Midi, 215 p.