Il en impose, il parle avec éloquence. Il est de taille à rendre hommage à Yehudi Menuhin (1916-1999), dont on célèbre le centième anniversaire de la naissance. Paul McCreesh dirigeait le fameux Requiem de Mozart, vendredi et samedi soir à l’église de Saanen. Une œuvre que le violoniste et chef américain aimait beaucoup et qui fait partie des premières qu’il a dirigées lui-même.

Le 60e Gstaad Menuhin Festival s’est ouvert avec une très belle série de concerts ce week-end. L’église de Saanen, lieu emblématique du festival, est propice à la musique chorale et à la musique de chambre. Avant d’empoigner le Requiem samedi soir (le même concert était donné la veille, en présence de membres de la famille Menuhin), Paul McCreesh avait choisi le motet Jesu, meine Freude de Bach et l’Hymne à sainte Cécile de Britten, à la tête du Gabrieli Consort & Players. Or, les voix transparentes, typiquement anglaises, ne sont pas immaculées pour autant. Le pupitre des sopranos met un certain temps avant de trouver ses marques: on relève quelques écarts d’intonation, quelques duretés… Mais, dans l’ensemble, c’est une lecture très vivante, avec une intensification de certains passages. On apprécie la douceur avec laquelle la section «Gute Nacht, o Wesen» est magnifiquement rendue par des voix célestes.

L’Hymne à sainte Cécile de Britten, en revanche, n’appelle aucune réserve. On y trouve une limpidité et une fraîcheur qui rendent sa grâce à l’œuvre – comme si cette musique était dans le sang des Anglais. Le soprano solo est radieux et expressif (outre les autres interventions solo au sein du chœur), dans une belle harmonie globale. Puis vient le Requiem de Mozart. La version que Paul McCreesh a choisie est celle complétée par le musicologue Robert Levin. Le chef a d’ailleurs pris la parole avant de diriger ce monument de musique sacrée (demeuré inachevé) pour expliquer au public pourquoi il avait retenu cette version plutôt que celle de Süssmayer. Un discours en anglais, clair, informatif.  

Nulle plongée dans un abysse, ici. Paul McCreesh opte pour des tempi allants, dans une option radicalement différente du dernier Harnoncourt (beaucoup plus lent). Tout avance, dans un flux limpide et continu, au détriment parfois d’une respiration qu’on aimerait un peu plus ample et creusée. Mais au moins, il évite toute lourdeur, avec des parties chorales merveilleusement animées. Les solistes (Charlotte Beament, Anna Harvey, Jeremy Budd, le jeune baryton-basse Ashley Riches) forment un beau plateau vocal, très homogène. Et puis l’accompagnement orchestral, finement articulé, permet de savourer les instruments d’époque, bien accordés à cette musique malgré quelques écarts de justesse de-ci de-là.

Le lendemain, c’était au tour de Sol Gabetta et de Nelson Goerner (aux belles sonorités, remplaçant Maria-João Pires) de se produire dans cette même église de Saanen. Ils forment un duo très équilibré, elle pleine de fougue, lui plus tempéré, mais aucunement placide pour autant. Surtout, ils parviennent à un vrai dialogue chambriste qui culmine dans la magnifique Sonate en la majeur opus 69 de Beethoven et la Sonate en sol mineur de Chopin, que l’on entend rarement. La Sonate opus 102/2 de Beethoven, jouée en préambule, est davantage construite sur un corps à corps entre les deux instruments. Sol Gabetta y prend des risques, pleine d’initiative, avec des accents mordants. L’Etude opus 25 No 7 en do dièse mineur de Chopin, jouée dans une transcription pour violoncelle et piano, apporte une note de nostalgie bien sentie pour clore cette belle rencontre. 


Gstaad Menuhin Festival, jusqu’au 3 septembre. www.gstaadmenuhinfestival.ch