La vitalité de la science-fiction en France se traduit de façon plus claire en lisant les catalogues qu'en écoutant les prescripteurs d'opinions. Les collections classiques connaissent ainsi des lendemains qui chantent, à l'instar de Présences du futur chez Denoël – plus de 500 volumes – et, récemment, une nouvelle direction bicéphale, un design renouvelé, une diversification des genres et une offensive en direction de la jeunesse. La SF jeunesse est d'ailleurs aussi en plein boom, notamment grâce au romancier Jean-Marc Ligny, qui se passionne pour les histoires d'aventure futuristes racontées aux enfants.

Regain d'énergie aussi chez J'ai lu, qui inaugurait à l'automne dernier Millénaires, collection au format et au prix mixtes qui aligne pour l'heure un (presque) sans-faute. Jusque-là revêches, deux éditeurs ont récemment décidé de courtiser le lectorat SF. Flammarion a embauché l'ancien patron de Présences du futur, Jacques Chambon, pour ouvrir Imagine, tandis que Payot instaure son «Payot SF» en s'intéressant pour commencer au renouveau – là aussi! – de la SF italienne.

Ces émois demeurent toutefois marqués par l'ambivalence des décideurs. Car lorsqu'un éditeur français veut vraiment miser sur un poulain, il le sort du genre pour le vendre sous l'étiquette de la «littérature générale». C'est le traitement réservé à Bernard Werber et ses fourmis, qui s'inscrit pourtant dans une éminente tradition animalière française, ou à Maurice G. Dantec plongé dans son monde hyperconnecté. Gallimard axe même la publicité de son dernier roman, Babylon Babies (lire ci-contre), sur le slogan «Science-fiction? Non, roman de l'an 2000», ce qui est un comble pour vanter un auteur aussi imprégné de culture SF que Dantec.