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Truffé d’erreurs factuelles ou d’incohérences (un iPhone 7 est même visible dans une scène!), All Eyez on Me s’avère surtout incapable d’aborder son sujet.
© Netflix

Cinéma

Un biopic pour «2Pac» Shakur

La vie brûlée du rappeur se conte dans un film poussif, maintenant disponible sur Netflix, qui rappelle néanmoins l’énorme influence toujours exercée par le martyr du hip-hop

C’était à prévoir. Après la sortie de Notorious (2009), biopic consacré à la course du rappeur «Biggie Small», puis le carton réalisé par Straight Outta Compton (2015), où se conte l’aventure menée par le groupe de gangsta rap N.W.A, c’est au tour de Tupac Shakur de voir sa trajectoire portée à l’écran. Déjà paru aux Etats-Unis au printemps, le long-métrage signé par Benny Boom se découvre à présent sur Netflix. Vite fait, mal fait, ce All Eyez on Me aux airs de sitcom ne vaut qu’en ce qu’il nous fait renouer avec l’œuvre léguée par l’idole assassinée.

La première légende du hip-hop

Ce 13 mars 1996, «2Pac» vient d’assister à Las Vegas au match de boxe opposant Mike Tyson à Bruce Seldon. En compagnie du producteur Suge Knight, il roule en direction d’un club quand, parvenu à un feu, une rafale tirée depuis une Cadillac le blesse mortellement. Cet épisode tragique, suivi peu après par l’exécution du précité Notorious B.I.G, son grand rival, contribue à faire de Shakur la première légende du hip-hop. Un intouchable dont l’œuvre concentrée en six albums studio (plus une suite de disques posthumes franchement inégaux) exerce toujours une autorité considérable sur le rap game aujourd’hui.

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Pourquoi? Probablement parce que, passé sa télégénie indéniable, son flow acrobatique et son appropriation abusive de codes gangsta débiles (champagne, filles faciles, dollars exhibés, etc.), Lesane Parish Crooks – son vrai nom – fut ce Noir fier, juré intraitable, mais dont l’existence s’observe comme une suite de sévères paradoxes: s’inscrire dans l’héritage politique des droits civiques et pourtant célébrer la vie de voyou (l’hymne «Thug 4 Life»), vanter la dignité des Afro-Américaines et à la fois cogner ses petites amies, crier son indépendance et pourtant se faire manipuler par son entourage.

Truffé d’erreurs

Toujours admiré pour avoir, parmi les premiers, développé dans le rap des thématiques réalistes traitant d’injustice sociale, de pauvreté ou de violences policières exercées contre sa communauté, Shakur s’appréhende ainsi aussi comme un héros trouble, un peu vulgaire. Une étude complexe attendait alors qui promettait de scruter l’homme derrière le mythe, au risque de l’écorner. Pour All Eyes on Me, ce n’était à l’évidence pas le projet.

Six ans de préparation, de tractation menées avec les héritiers de Tupac, le cinéaste John Singleton (Boyz’n the Hood) annoncé, puis finalement débarqué, et enfin une sortie aux Etats-Unis un 16 juin – jour anniversaire de la naissance du rappeur. Et là, malgré une performance honorable au box-office, descente en flèche de la part des critiques, du public et des ténors du hip-hop – 50 Cent tweetant: «Jetez-moi cette merde au feu.» Car comment défendre ce film?

Truffé d’erreurs factuelles ou d’incohérences (un iPhone 7 est même visible dans une scène!), All Eyez on Me s’avère surtout incapable d’aborder son sujet. Non pas seulement la course d’un gamin noir déraciné et un jour appelé à devenir un visage de l’exaspération de sa communauté. Mais la mécanique par laquelle Tupac s’est progressivement découvert une plume d’une sidérante acuité, développant une voix originale par laquelle il allait chroniquer les désastres du ghetto, mais aussi participer au rayonnement d’un rap états-unien devenu marché global.

«2Pac», humainement et artistiquement déchiré

Tout cela, Benny Boom s’en moque absolument, se contentant de dérouler son intrigue à la manière du soap Empire, empilant les suites d’épisodes chocs ou larmoyants, les répliques plates ou crues, et les scènes live destinées à relever le tout. Sauvée par la prestation de Demetrius Shipp Jr chargé d’incarner «2Pac» sans pourtant en posséder l’affolant magnétisme, la chose en vient à fasciner par ses limitations, incapable de dépasser l’exercice biographique pour délivrer ce qu’on espérait: dresser le portrait d’un artiste humainement et artistiquement déchiré. A la fois capable d’écrire «Brenda’s Got a Baby», chronique bouleversante d’une fille-mère à la dérive, et de publier «2 of Amerikaz Most Wanted» avec Snoop Dogg, rap gras, bas du front, mais férocement funky.


«All Eyez on Me», de Benny Boom (Etats-Unis, 2017), avec Demetrius Shipp Jr, Danai Gurira, Kat Graham, 2h39. Diffusion exclusive sur Netflix.

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