Roman

Un blues du jour et de la nuit

Pierre Lepori raconte l’histoire d’un animateur de radio de nuit qui part aux antipodes pour se reconstruire. Un roman sensible où les nuits deviennent des jours

Pierre Lepori signe Nuit américaine, un livre tendre et ouvert, qui est le récit d’une renaissance; celle d’Alexandre, animateur de radio fatigué, qui s’enfuit aux Etats-Unis pour échapper au vide de son existence. Errant dans une ville américaine, où il fait jour quand la nuit enveloppe l’Europe, Alexandre finira par dénouer ses angoisses et renouer des liens anciens qui le ramèneront vers les rives d’une vie possible.

Pierre Lepori est né à Lugano mais il vit en Suisse romande. Il est journaliste de radio, mais aussi poète et romancier. Il écrit ses livres en italien et les traduit lui-même en français. Celui-ci, à paraître en 2019 sous le titre Effetto notte chez Effigie Edizioni, sort d’abord dans sa version française aux Editions d’en bas. Une vie entre deux langues, entre deux pôles peut-être, comme celle de son héros Alexandre – ou Sandro pour ses amis d’enfance – qui se déploie dans l’alternance du jour et de la nuit, de l’Europe et de l’Amérique, de l’amour et de l’abandon.

Alternance aussi des récits dans ce roman. Alexandre est l’animateur qui, la nuit, recueille en direct à l’antenne les témoignages des auditeurs qui se racontent au téléphone. Son émission s’appelle Nuit américaine. Dans le roman, les récits des auditeurs apparaissent en italique: des lignes entre impudeur et désespoir, agressivité parfois, plaintes interminables ou leçons de courage. Chaque témoignage se termine par un morceau de musique. On est à la radio. Petite coquetterie, un code QR que l’on peut scanner avec son téléphone portable renvoie de la page vers un morceau à écouter sur YouTube.

Un soir, l’émission se passe mal et Alexandre finit à l’infirmerie. Sa hiérarchie l’envoie en vacances forcées. Vide pour vide, se dit-il, autant passer son mois de vacance aux antipodes. Et le voilà dans l’avion, puis débarquant dans un appartement de location, dans une «City» du bout du monde. Un après-midi, il écoute Nuit américaine: «Le fait d’avoir écouté sa propre émission, avec la voix de son rival au micro – ce même Raphaël qui lui semblait de plus en plus inoffensif vu de loin –, l’avait mis face à face avec une réalité terrible, peut-être même un peu sordide…» Il se découvre plus secoué qu’il ne le pensait par ce qu’il recueille des autres depuis des années, sans plus s’occuper vraiment de lui. Alexandre perd pied: «Etait-il dans un rêve ou dans la nuit américaine?»

Solitaire, perdu dans une autre réalité, il va peu à peu se rapprocher de lui-même. Des personnages emblématiques, Pamela, Michel, Bruno, Ornella, gravitent autour de lui, en chair et en os, au téléphone, par écrit ou en rêve. Peu à peu, certains s’éloignent, d’autres reviennent et une épiphanie discrète se produit. Pierre Lepori orchestre avec sensibilité cette dérive atmosphérique et contemporaine.


Pierre Lepori publie également cet automne un recueil de poésie en italien, «Quasi amore», aux éditions Sottoscala à Bellinzona et Klaus Nomi Projekt, une pièce «sonnante et déjantée» dont le livre-CD est illustré par Albertine (Humus). 


Pierre Lepori, «Nuit américaine», Editions d’en bas, 108 p.

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