Dans le fond du téléphone, il y a Antonino qui rit très fort. Chaque fois qu’il est content, il lance une exclamation qui ne signifie rien d’autre que la joie pure. Antonino est le plus jeune fils de Céu et de son compagnon, le batteur Pupillo. Et le cri en question a donné son titre au nouvel album de la chanteuse de São Paulo: Apká! Une explosion de l’intérieur, le récit des brisures et des profondes légèretés que le Brésil urbain, libéral, traverse alors qu’elle vous répond depuis son confinement.

On se souvient d’elle, il y a quinze ans ou presque, la nonchalance pop, le féminisme désinvolte, quelque chose de profondément cosmopolite chez cette jeune femme des villes qui allait chercher dans les petites guitares tendues, les tambourins, les armes ancestrales de son pays mais aussi l’électronique la plus plastique, une sorte de souffle nouveau pour la MPB – Musica Popular Brasileira. Céu jouissait déjà d’une voix singulière, d’un désir absolu de cosmétique mêlé d’intelligence.