Livres

Un bruit de moteur dans la rentrée littéraire

Trois livres où la voiture fait avancer l’histoire

Il y a comme un bruit de moteur qui parcourt plusieurs livres en cet été finissant. Il y a tout d’abord cette image incroyable du peintre Francis Picabia, fou d’automobile, qui, en ces premières années du XXe siècle, prenait le volant pour un oui ou pour un non. Comme le racontent si bien les sœurs Berest, ses arrière-petites-filles, dans «Gabriële» (LT du 02.09.2017), celui qui parmi les premiers embrassa la liberté de l’abstraction filait sur les routes du sud de la France tel «un marin venant de passer le détroit de Gibraltar». Et quand sur les routes encore largement vierges d’automobiles surgissait soudain une autre voiture, Picabia sans hésitation sortait son fusil et tirait dans les pneus de l’impétrant pour le dépasser calmement.

En 1907, l’Américaine Edith Wharton se prit aussi de passion pour ce moyen de locomotion tout neuf et entreprit un grand tour de France. Outre son mari et un chauffeur aux lunettes impressionnantes, elle avait pour compagnon de banquette l’écrivain Henry James. La voiture enchante car elle permet de «restaurer le romantisme du voyage» et de renouer avec la liberté des malles-poste des grands-parents. Adieu les horaires imposés par les chemins de fer! La voiture permet aussi de ne «plus aborder les villes par des zones de laideur et de désolation imposées par la voie ferrée même» mais de «s’y glisser à l’improviste, par des portes arrière et des chemins non répertoriés».

Ni Francis Picabia ni Edith Wharton ne savent alors qu’ils se dirigent tout droit vers le premier conflit mondial. En 1916, après beaucoup d’hésitation, H. G. Wells, l’auteur de La Guerre des mondes, accepte de faire le reporter de guerre pour le compte du War Propaganda Bureau. Et c’est en voiture crapahutant à 60 kilomètres à l’heure qu’il fait «le tour du Front». En «pacifiste extrême», il est frappé tout d’abord par le regard des soldats, partout, sur le bord de la route, sous les tentes, dans les tranchées. Des yeux qui ne comprennent pas ce cauchemar collectif. Et qui lancent, en silence, de gigantesques «Pourquoi».



A. et C. Berest, «Gabriële», Stock

Edith Wharton, «La France en automobile», Folio

H. G. Wells, «La Guerre et l’Avenir», Les Belles Lettres

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