Spécial Cité de la musique

Un cadeau inespéré

Philippe Dinkel, directeur de la Haute Ecole de musique, considère la Cité de la musique comme la solution idéale attendue depuis des lustres. Il suit avec enthousiasme le projet du bâtiment dont l’Ecole supérieure de musique sera le deuxième occupant avec l’Orchestre de la Suisse romande

Actuellement en poste à la tête de la Haute Ecole de musique (HEM), Philippe Dinkel accompagne et soutient les transformations de l’institution depuis 1992. Après sa nomination à la tête de l’ancien Conservatoire supérieur de musique, où il a succédé à Claude Viala récemment disparu, le directeur a vécu la transformation du Conservatoire de musique de Genève en HEM durant l’année 2009. Il en suit l’évolution avec constance. L’évocation de la Cité de la musique le transporte.

Le Temps: Que va changer cette nouvelle structure pour les étudiants et la vie pédagogique musicale professionnelle de Genève?

Philippe Dinkel: Beaucoup de choses. Cela fait très longtemps que l’école vit en décalage avec sa réalité et ses ambitions. Ses locaux de la place de Neuve, très charmants bien sûr, sont d’un autre temps et surtout trop exigus et inadaptés à la série de développements qu’on a connus ces dernières années, notamment dans les pratiques de musique d’ensemble. Le fait que nous soyons obligés de trouver des locaux en propre, à cause de leur complète rénovation et de leur réoccupation par le Conservatoire de musique, nous a permis de définir nos besoins.

– Quelle est la réalité actuelle de la HEM?

– Depuis dix ans, on se balade de projet en projet, de miroir aux alouettes en miroir aux alouettes, dans différentes parties de la ville et du canton. L’éclatement des sites et leur état engendrent des situations très malcommodes, chronophages et contre-productives. Que, tout d’un coup, un projet de cette dimension se concrétise, c’est à se pincer pour se demander si on ne rêve pas.

– Vous ne serez pas seuls sur le site…

– Le voisinage de l’OSR sera très important. Evoluer dans un même espace qui va accueillir toute une série d’artistes, de chefs et d’orchestres va nous permettre de booster encore un peu plus notre proximité avec le monde professionnel de la musique. Un des points d’excellence de cette école réside en effet dans les pratiques orchestrales. La preuve en est nos anciens étudiants, qui ont gagné des places dans des orchestres parfois très importants à Genève, mais aussi à Leipzig ou à Amsterdam, notamment. C’est un des atouts que nous allons pouvoir développer et qui est totalement en phase avec la très belle dynamique actuelle de l’OSR, qui accueille aussi nos étudiants. Regrouper toutes nos activités dans un même lieu, partager des locaux, se croiser à la cafétéria ou à la bibliothèque, cela nous enchante.

– Sur le plan purement interne, quels seront les apports?

– La communication entre les étudiants et l’administration sera complètement transformée. Actuellement, en sortant de mon bureau, je ne suis pas en contact direct avec les élèves. On ne pouvait rêver mieux en termes de dynamique avec nos partenaires les plus proches, et de réponse à nos besoins connus de longue date, mais qui ne trouvaient pas d’issue immédiate dans les planifications publiques. On peut comprendre que les infrastructures culturelles n’aient pas la priorité par rapport à la santé ou à l’éducation. Mais grâce au financement privé, on a pu sauter des dizaines d’années. C’est un cadeau splendide et inespéré! Il nous permet de nous mettre en concurrence normale avec nos collègues du monde entier.

– Comment s’organisera la cohabitation?

– Un des enjeux de cet outil fantastique, pour les locataires, c’est d’optimiser son fonctionnement en termes logistique et financier, mais surtout de planification artistique. L’arrivée d’un tel outil dans le paysage genevois et romand doit nous inciter tous, et les autorités politiques au premier chef, à réfléchir à un concept culturel global, qui prenne en compte la réalité du parc des salles de toutes les musiques dont dispose Genève. Je pense que ce grand enjeu tombe à point nommé.

– De quelles nouvelles infrastructures allez-vous bénéficier?

– D’une salle d’orchestre et de musique de chambre de 450 places, d’une salle lyrique avec fosse et plateau pour 250 personnes et d’une Blackbox multifonction de 150 places destinée aux spectacles expérimentaux, auxquelles il faut ajouter une salle d’audition, deux auditoires et une salle d’orgue. Du côté de l’enseignement, nous disposerons en propre d’une centaine de salles de cours privés ou collectifs, de 70 practice rooms pour nos 515 étudiants, de locaux administratifs et d’espaces communs.

Le tout représente 8500 m², soit à peu près le double de la surface que nous occupons actuellement. Le nombre de m² par étudiant correspondra alors enfin à la moyenne en vigueur dans l’enseignement musical professionnel en Suisse, notamment dans les dernières constructions réalisées outre-Sarine (ZHDK, Lucerne). Cela permettra à la HEM de tenir son rang en comparaison nationale et internationale.

Enfin, la «bibliothèque» prévue devrait être dans notre esprit à la fois un outil de consultation pour le grand public et un lieu pour la recherche, tout en étant en phase avec les développements technologiques les plus récents. Il y a là sans doute une occasion unique de regrouper les collections musicales de la ville et du canton sous un même toit.

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