Il y a dans l’art de Ferdinand Hodler quelque chose de résolument moderne. Cela a été encore brillamment montré il y a trois ans lorsque plusieurs expositions et événements sont venus célébrer le centenaire de sa disparition. Né à Berne en 1853, mort à Genève en 1918, l’artiste est notamment à l’origine du «parallélisme», une théorie esthétique dont il a développé les grands axes en 1897 lors d’une conférence – qu’il avait intitulée La mission de l’artiste – donnée à l’invitation de la Société des amis des beaux-arts de Fribourg. Quelques années plus tard, il écrira dans son essai De l’œuvre: «J’appelle parallélisme toute sorte de répétition de forme, associée à des répétitions de couleurs.» Ce printemps encore, le vénérable Musée d'Orsay consacrait une rétrospective aux Modernités suisses (1890-1914), rappelant que si certains illustres Helvètes étaient relativement méconnus à l’étranger au début du XXe siècle, Hodler fut nommé en 1913 officier de la Légion d’honneur.

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A partir des années 1950, l’historien genevois Jura Brüschweiler (1927-2013) a patiemment élaboré une collection aujourd’hui constituée de quelque 80 000 documents et objets ayant appartenu au Bernois, comme son passeport ou sa boîte à pinceaux. Entre fin 2017 et début 2018, ce vaste fonds a notamment fait l’objet d’une exposition au Musée Leopold de Vienne. Après un vaste inventaire qui aura duré cinq ans, les Archives Jura Brüschweiler, qui sont devenues un pôle de compétences reconnu, changent de nom et deviennent l’Institut Ferdinand Hodler. Basé entre Genève et Delémont, celui-ci a pour but de «préserver, d’étudier et de promouvoir non plus les seules Archives Jura Brüschweiler, mais l’ensemble des connaissances sur le peintre et son époque», détaille un communiqué publié ce lundi.

Dirigé par Niklaus Manuel Güdel, l’Institut Ferdinand Hodler va notamment se pencher sur de nouvelles manières de diffuser l’œuvre de Hodler, en usant notamment des nouvelles technologies. Une équipe de recherche, placée sous la responsabilité de la conservatrice Diana Blome, travaille actuellement à l’édition de la correspondance complète du peintre et prépare plusieurs expositions ayant également pour but d’élargir le champ des connaissances. Depuis le 1er octobre et jusqu’à la fin de l’année, la Bibliothèque de La Chaux-de-Fonds fait par exemple un pas de côté avec Hector Hodler (1887-1920) – Une posture pacifiste, un petit accrochage retraçant le parcours fulgurant du fils de Ferdinand, espérantiste et pacifiste engagé.

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Parmi les grands projets de l’institut, la mise en ligne à partir de l’année prochaine des collections en accès libre. Suivra en 2023 le début d’un vaste chantier visant à répertorier l’ensemble de l’œuvre de Hodler, estimée entre 15 000 et 18 000 pièces. La mise en place d’un catalogue raisonné se fera sur deux périodes de quatre ans.


www.institut-hodler.ch