Critique: Heinz Holliger et l’OCL

Un chef à la battue énergique

A 75 ans, Heinz Holliger n’a rien perdu de sa poigne. Bien au contraire: le chef suisse (par ailleurs hautboïste et compositeur) se distingue par une gestuelle énergique. Il refuse tout épanchement. Il est à la fois strict – presque carré, par moments – et susceptible d’avoir des idées musicales qui sortent complètement de l’ordinaire. C’était le cas mardi soir, à l’occasion d’un concert d’abonnement de l’OCL donné à l’Opéra de Lausanne.

A lui seul, le Concert Românesc de György Ligeti avait de quoi surprendre. Composée en 1951, cette œuvre de jeunesse mêle influences populaires et langage avant-gardiste. Elle séduit par ses jeux de sonorités et ses harmonies modales tziganes. Un bijou d’orchestration à l’esprit persifleur, très bien servi par Holliger et les musiciens.

Le pianiste Till Fellner, 42 ans, se mesurait ensuite au 23e Concerto en la majeur KV 488 de Mozart. Le disciple d’Alfred Brendel et ancien lauréat du Concours Clara Haskil de Vevey joue avec élégance et une belle qualité de son. Tout est parfaitement équilibré, d’un grand classicisme, mais voici qu’il paraît un peu froid dans le sublime «Adagio» qui devrait vous arracher des larmes. Holliger lui-même n’est pas un sentimental, ce qui fait qu’entre le chef et le pianiste, la clarté prévaut. Fellner se montre plus inventif dans le «Rondo» final, mais éprouve hélas un passage à vide avec quelques fausses notes à la fin du mouvement.

Dans la 6e Symphonie de Schubert, Holliger met en relief la structure de l’œuvre. Les accents sont saillants et les sonorités drues (l’acoustique sèche du plateau à l’Opéra de Lausanne n’étant pas un cadeau). Holliger ose des changements de tempi audacieux dans le finale qu’il prend à une cadence inhabituellement lente. Tantôt il accélère, tantôt il ralentit – et ceci plusieurs fois de suite. Un parti pris osé qui atteint bientôt ses limites, tant la méthode finit par devenir systématique. Un concert en dents de scie, donc, mais stimulant.