Un Christ couronné d’épines transformé en chimpanzé! L’histoire a fait le tour du monde – car elle confine au surréaliste – via Internet. Elle fait à la fois frémir et rire. Certains, même, s’esclaffent devant le ridicule. Et les internautes du Heraldo de Aragon, journal local qui a sorti l’information, s’en sont donné à cœur joie pour proposer des variations parodiques sur le même thème sacrilège. De même sur Twitter.

«Ecce Mono»

Mais de quoi s’agit-il? A Borja, petite ville de 5000 habitants au nord de l’Espagne, près de Saragosse, une brave paroissienne octogénaire s’est mis en tête, au début du mois d’août, de restaurer elle-même une peinture endommagée du Christ, Ecce Homo de Elias Garcia Martinez. «Avec les meilleures intentions du monde», précise sa fille. Elle a pris la défense de sa pauvre mère, considérée par icelle comme une «passionnée de peinture», qui vient donc d’inventer ce nouveau concept de l’histoire de l’art: «Ecce Mono» («voici le singe»), dans un sabir latino-espagnol).

Le résultat? Calamiteux, horrible, on ne trouve pas le mot juste pour décrire ce désastre, exécuté «sans demander la permission à qui que ce soit». Les médias, dans la foulée du quotidien espagnol El País, ont parlé de «pire restauration du monde». Mais depuis, la dame s’est expliquée. Et Cecilia Gimenez n’a pas arrangé son cas: ce serait le curé de la paroisse – sans se poser une seule seconde la question des compétences – qui lui aurait demandé de faire de la retouche sur cette peinture murale du XIXe siècle que le Centre de estudios borjanos se réjouissait d’accueillir en ses murs. Elle se dit toutefois désespérée, entre la honte qu’elle éprouve et sa naïveté: mais comment, regrette-t-elle, a-t-il pu être possible que personne ne l’arrête avant qu’elle ne commette l’irréparable, puisque plusieurs paroissiens semblent l’avoir vue «au travail»?

Car il n’est en effet pas certain que l’œuvre puisse être sauvée. Dans le détail, les cheveux et la barbe de Jésus se sont transformés en une espèce de cagoule de laine vierge brun sale. De contemplatif, le regard s’est mué en deux yeux qu’on dirait dessinés par un enfant de 6 ans. Et la bouche? Il n’y en a plus, elle s’est évanouie au centre d’un pâté de cette artiste en herbe censé représenter le bas du visage. Le conseiller culturel de Borja, l’adjoint au maire Juan Maria de Ojeda, n’est guère optimiste sur un possible retour en arrière. Mais d’autres voix tempèrent en disant que le monde se remettra de la disparition de cette peinture «sans grande importance».

Une pétition circule sur Internet pour conserver cette œuvre ainsi «restaurée», «un reflet intelligent de la situation politique et sociale de notre temps». Quelque 5000 signatures ont été récoltées. (AFP)