Un conte d’hiver au Petit Théâtre. Deux solitaires s’apprivoisent dans un cocon pour faire face aux turbulences de la vie. Autour d’eux, des ours polaires apparaissent puis disparaissent dans la nuit. Songe? Une aventure intérieure, assurément. De celles qui chamboulent tout, éclairent et aident à grandir. En créant Les Ours dorment enfin, François Marin retrouve avec bonheur l’écriture claire et directe de Geneviève Billette. La Québécoise, dont les pièces sont très jouées, avait déjà inspiré au metteur en scène l’adaptation réussie du Pays des genoux, en 2007. Aujourd’hui, la rencontre porte à nouveau ses fruits, nourrie par une interprétation juste et une scénographie inventive.

Comme par effraction

Le conte, c’est d’abord l’émergence des images, l’irruption d’un tableau. Le plaisir des yeux, ici, c’est d’embrasser d’un seul coup – derrière une immense toile figurant un immeuble en noir et blanc – un petit logis sur un plan incliné. On entre comme par effraction dans l’intimité d’un adulte (Julien George) et d’un enfant (Caroline Althaus), comme le suggère le papier déchiré au premier plan. Puis, on écoute les yeux grands ouverts le récit de leur rencontre, fébrile. Cette fois, les protagonistes apparaissent en ombres chinoises. Sacha, gardien de zoo, raconte à ses pensionnaires favoris – des ours, en images projetées – comment le jeune Marcus a déboulé un jour dans sa vie, de la plus étrange des manières. On découvre, alors, le garçon agrippé à une fenêtre, implorant l’hospitalité. La scène est saisissante. On tremble et on rit.

Car, si le drame est omniprésent, l’humour et la candeur enfantine ont aussi leur place. La réussite de François Marin tient à ça, sans doute: à l’impact physique du jeu des acteurs, ce moment, par exemple, où Caroline Althaus, alias Marcus, joue l’angoisse de l’enfant battu qui craint d’être rejeté encore une fois, et se love alors contre Julien George. Le charme fort du spectacle tient aussi à la façon dont François Marin et sa décoratrice Elissa Bier restituent la veine fantastique de la pièce. Rien de pesant, tout de fluide. Les tourments de Sacha se traduisent en bestiaire: les ours ne dorment plus; ils ne trouveront l’apaisement que lorsque le héros aura fait le deuil de sa belle. Geneviève Billette a cet art-là: raviver des blessures enfouies et consoler.

Les Ours dorment enfin, Le Petit Théâtre, Lausanne, jusqu’au 10 février. Loc. 021 323 62 13, www.lepetittheatre.ch. Dès 8 ans. Durée 1h.