«Requiem pour Srebrenica», un spectacle réalisé par le Français Olivier Py, vient rappeler que la guerre de Bosnie, avant celle du Kosovo, est loin d'être reléguée au fond des mémoires. Les Balkans sont comme une plaie qu'artistes et intellectuels, auxquels on a reproché ces derniers temps une attitude parfois ambiguë vis-à-vis de la question balkanique, ne cessent de nettoyer pour en extraire le pus. Il faut beaucoup de recul pour apporter, autant que faire se peut, de la clarté à un événement politique.

Quatre ans, donc, après la chute de Srebrenica, l'enclave musulmane de Bosnie tombée le 11 juillet 1995 aux mains des Serbes qui y perpétrèrent viols et massacres, le spectacle d'Olivier Py acquiert «plus de vérité et de poids», selon la formule du metteur en scène. «Auparavant, confie-t-il, je n'aurais pas pu le monter, car ce n'est que très récemment qu'on a commencé à publier ce qui a été volontairement passé sous silence durant des années.»

Ces publications, Olivier Py les a rassemblées par dizaines: articles de la presse internationale, extraits de journaux télévisés français et d'interviews de François Mitterrand, quelques phrases arrachées à des livres traitant du drame de Srebrenica, tout comme les poèmes du Bosniaque Abdulah Sidran et les analyses de quelques chefs militaires. A partir de ces documents, Py a monté neuf scènes où se tressent les mots des bourreaux et ceux des victimes.

«Plus de vérité et plus de poids»

«Dans ce collage, explique le metteur en scène, se déploie un travail théâtral. Ce qui est intéressant et qui va au-delà de la tragédie bosniaque, c'est de montrer comment les puissants et les opprimés n'ont pas le même rapport à la parole. Les uns s'expriment dans une langue de bois, dissimulant ainsi leur véritable pensée. Les autres sont tout simplement dans l'impossibilité de dire.» Double démarche, donc, à la fois épique et satirique, qui s'apparente aux procédés déjà adoptés par Brecht ou Chaplin: représenter les assassins comme des imbéciles. Voir le personnage brechtien d'Arturo Ui, ce vendeur de choux sous les oripeaux duquel se cachait le Führer. Personnage historique que Chaplin a également caricaturé dans Le Dictateur.

Olivier Py a 34 ans. Même s'il n'aime pas le mot «militant», celui-ci caractérise assez bien certaines de ses créations, comme La Servante ou Le Visage d'Orphée. Auxquelles s'ajoute ce Requiem pour Srebrenica, dont il entamait déjà le chant en juillet 1995 lorsqu'il observait à Paris, avec quelques collègues, une grève de la faim pour les mutilés de Srebrenica. Aujourd'hui, le metteur en scène dirige un théâtre à Orléans qui lui permet, dit-il, de «s'intéresser à la place de l'homme dans la cité, à son rapport au cosmos».

«Requiem pour Srebrenica». Gymnase Aubanel, ve 23, di 25 et ma 27 juillet à 18 h.