C'est un de ces grands soirs où soudain tout converge vers la lumière, alors que la musique, elle, est d'une noirceur suffocante. La Treizième Symphonie de Dmitri Chostakovitch porte le titre de «Babi Yar», site où fut découvert un charnier de juifs soviétiques massacrés par des nazis. Un baryton – la voix de bronze d'Albert Dohmen – chante en style déclamatoire, il pleure les crimes perpétrés. Et voilà qu'à leur tour, mercredi au Victoria Hall de Genève, le chef d'orchestre Armin Jordan, le Chœur d'hommes du Grand Théâtre et l'Orchestre de la Suisse romande se soudent pour implorer le pardon.

Mais le vrai pardon. Ce qui signifie mettre en lumière toutes les peurs. «Nous n'avions peur ni de bâtir dans les tourmentes, ni d'aller au combat sous les obus, mais parfois nous avions une peur mortelle de parler», chante le narrateur. L'orchestre entier – les cuivres! – s'étrangle dans des cris assourdissants. Un percussionniste sort son fouet. Puis enfin, le ciel s'éclaire. Sonorités diaphanes, colonne de lumière. Le corps des musiciens se dématérialise, le public est transfiguré.