Culture

Un été d’écrivains pour faire réfléchir par Isabelle Martin

9 août 1928. Collaborant avec la NRF, Valery Larbaud fait souvent état de son jugement à Jean Paulhan, qui lui demande non seulement de traduire des auteurs étrangers mais aussi de présenter des auteurs et des poètes français: «Oui, Aragon a du talent. Mais les injures gâtent un livre. Voyez Léon Bloy: accablé par ses injures! Et c’est plus de la moitié de son œuvre. Le lecteur pense immédiatement, comme explication, à l’envie. Et surtout, ça l’ennuie.»

10 août 1862. Charles Baudelaire se déclare à sa mère dans une crise où il faut prendre un grand parti, «juste le contraire de tout ce que j’ai fait: n’aimer que la gloire, travailler sans cesse, même sans espoir de salaire, supprimer tout plaisir et devenir ce qu’on appelle un grand type de grandeur. Enfin, tâcher de faire une petite fortune. Je méprise les gens qui aiment l’argent; mais j’ai une horrible peur de la servitude et de la misère dans la vieillesse.»

13 août 1959. Idolâtre du général de Gaulle à qui il pardonne tout, François Mauriac s’en prend aux journalistes de L’Express où il signe son «Bloc-notes» pour défendre celui qu’il admire: «Françoise Giroud croit que le nom de Machiavel est une injure. Ce patriote passionné connaissait les hommes, à la fois par la pratique qu’il en avait et par la réflexion et la méditation. Charles de Gaulle rejoint le grand Florentin.»

14 août 1925. Envoyant une carte à Picasso qui séjourne à Juan-les-Pins, Gertrude Stein est enchantée du village de Belley (dans le Bugey) qu’elle a découvert avec Alice Toklas: «Tout va bien chez nous et chez vous, nous avons aimé le Midi et vu la Côte mais sans doute nous sommes tous noirs comme des nègres.»

14 août 2003. Invité aux antipodes, Charles Juliet visite à Wellington la maison natale de Katherine Mansfield. Citant une lettre écrite déjà quatre ans auparavant sur elle et le «miracle des mots, de la littérature», il y évoque surtout «ton besoin d’écrire qui s’exacerbe, il t’épuise en même temps qu’il renforce ton envie de vivre, ta détermination à faire face, à lutter jusqu’à ton dernier souffle.»

Responsable des pages Livres du «Temps» jusqu’en 2006, Isabelle Martin est décédée au mois de mai dernier. Quelques semaines avant son décès, elle nous a fait parvenir ses chroniques, comme chaque été.

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