1er juillet1934

Théodore Monod arrive à Ouadane: «Une falaise noire, escaladée par un vertigineux amoncellement de ruines, émergeant d'un fleuve verdoyant de dattiers; collée au rocher auquel la voici en train de restituer les moellons qu'elle lui avait empruntés, la vieille ville, l'antique cidade de Oaden des chroniqueurs, fruit trop mûr, éclate au soleil, dans un gigantesque écroulement de pierrailles. Pans de murs dressés, absurdes, vainement glorieux d'une solidité sans objet, terrasses crevées, un vrai labyrinthe d'escaliers, de couloirs, d'impasses...»

2 juillet 1581

En Italie, Michel de Montaigne se rend de Florence à Pise, par une route bordée de petits châteaux et de villages presque continus. En traversant Empoli, il est frappé de trois choses: «1) de voir tout le peuple de ce canton occupé, même le dimanche, les uns à battre le blé ou à le ranger, les autres à coudre, à filer, etc.; 2) de voir ces paysans un luth à la main, et de leur côté les bergères ayant l'Arioste dans la bouche: mais c'est ce qu'on voit dans toute l'Italie; 3) de leur voir laisser le grain coupé dans les champs pendant dix et quinze jours ou plus, sans crainte des voisins.»

2 juillet 1902

Deux mois avant sa mort, Emile Zola (en médaillon) confie à un ami: «Je passe de délicieuses après-midi dans mon jardin, à regarder vivre autour de moi. Avec l'âge, je sens tout s'en aller et j'aime tout plus passionnément.»

5 juillet 1837

Entre Nantes et Vannes, Stendhal désespère du paysage (une vaste bruyère parfaitement stérile) quand la diligence arrive au passage de la Vilaine: «La route descend tout à coup dans une vallée sauvage et désolée; au fond de cette vallée étroite, et qui semble à cent lieues de la mer, la Vilaine était refoulée rapidement par la marée montante. Le spectacle de cette force irrésistible, la mer envahissant jusqu'aux bords cette étroite vallée, joint à l'apparence tragique des rochers nus qui la bornent et du peu que je voyais encore de la plaine, m'a jeté dans une rêverie animée bien différente de l'état de langueur où je me trouvais depuis Nantes.»