critique

Un défi Beethovenien

L’OCG et François Guye à Genève. Le défi était de taille, mardi à Genève au Bâtiment des forces motrices: rares sont les phalanges à effectif modeste qui osent se mesurer à l’intransigeante Septième Symphonie de Beethoven.

Patrick Lange n’a peur de rien. Le chef aux allures de jeune premier tient à faire ses preuves, depuis sa nomination à la tête de l’Orchestre de chambre de Genève (OCG), au début de la saison. Le défi était de taille, mardi à Genève au Bâtiment des forces motrices: rares sont les phalanges à effectif modeste qui osent se mesurer à l’intransigeante Septième Symphonie de Beethoven.

Plutôt que de grossir le trait, en cherchant l’inertie d’une formation symphonique, Patrick Lange profite des qualités qu’offrent ses troupes restreintes. Dès la majestueuse introduction du premier mouvement, les cordes étendent des lignes claires, ramassées, libérant la sonorité de tout vibrato superflu, tandis que les timbales privilégient une scansion nette et nerveuse, à la façon d’un orchestre baroque.

Cette concision du geste gagne peu à peu tous les pupitres, qui ouvrent la lente marche du deuxième mouvement. Cinétique et élégante, la gestique de Patrick Lange pourrait encore gagner en profondeur. Mais l’agilité rebondissante du «Presto» et la transparence contrapuntique de l’«Allegro» final achèvent de convaincre.

La première partie mettait à l’honneur François Guye, connu des scènes helvétiques pour son poste de premier violoncelle solo à l’Orchestre de Suisse romande. Dans le trop peu joué Concerto No1 opus 107 de Chostakovitch, le lauréat du Concours de Genève (premier prix en 1979) révèle un timbre à la fois riche et envolé, doté d’un grain magnifiquement boisé. S’il reste passablement intérieur dans les déploiements féroces des premier et dernier mouvements (l’incandescence de Rostropovitch, à qui l’œuvre est dédiée), son chant survole les paysages désolés du «Moderato» et de la «Cadence» centrale avec un souffle puissamment habité, d’une mélancolie déchirante (les harmoniques!). En bis, le «Prélude» de la Première Suite de Bach confirme cette sobriété essentielle, toujours incarnée.

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