Qui ? Guy de Maupassant
Titre: Une Partie de campagne
Tirée de «Contes grivois»
Chez qui ? Le Livre de poche, 400 p.

C’est une belle saison campagnarde, un soleil du dimanche, un soleil de banlieue, qui éclaire pique-niques, balançoires, balades en barque, et bords de Seine: «On avait traversé la Seine une seconde fois, et, sur le pont, ç’avait été un ravissement. La rivière éclatait de lumière: une buée s’en élevait pompée par le soleil…»

Une carriole et une petite famille de boutiquiers parisiens dedans, les Dufour. Monsieur, madame, la grand-mère, la fille et l’apprenti à la «chevelure jaune». Tout ce petit monde, dont c’est la sortie annuelle – cinq mois qu’ils y pensent – brinquebale en quête d’une auberge: «Restaurant Poulin, matelotes et fritures, cabinets de société, bosquets et balançoires», dit un écriteau planté à Bezons. On s’arrêtera là et on déjeunera sur la pelouse. Griserie, chaleur, herbes et vin. S’ensuivront, pour madame et sa fille, des aventures secrètes, cocasses et coquines avec deux bateliers dégourdis, habiles à tirer parti, dans les taillis des berges, du chant du rossignol.

Quelque vingt ans après le scandale du bohème Déjeuner sur l’herbe de Manet (1863), Guy de Maupassant (1850-1893) s’empare à son tour du thème des amours champêtres et des loisirs naissants. «Une Partie de campagne» – une des plus belles parmi les plus de 300 nouvelles qu’écrivit ce maître du genre – paraît en 1881 dans La Vie moderne, avant de rejoindre le recueil intitulé La Maison Tellier. Mais là où Manet peignait les nouvelles mœurs, Maupassant profite de la campagne et des bords de Seine pour déployer une ironie mordante à l’égard des petits-bourgeois en goguette. Soulignant l’écart entre la splendeur des lieux et la petitesse des esprits, il se fait sardonique dans la chute du texte: il laisse pointer la possibilité d’un amour pour mieux l’exécuter à la lumière du réel petit-bourgeois.

Reste pourtant dans l’âme de ses personnages – et du lecteur – l’empreinte presque douloureuse d’un bonheur fugace dérobé au quotidien. L’opulence végétale et aquatique des lieux, l’art qu’a Maupassant de dérouler le temps par petites touches impressionnistes font de la lecture d’«Une Partie de campagne» une expérience étonnante malgré la simplicité apparente du récit. Le cinéaste Jean Renoir ne s’y est pas trompé qui tourna durant l’été 1936 Une Partie de campagne, dont les images en noir et blanc transfigurent avec tendresse les personnages de Maupassant.

,

Guy de Maupassant

«Une Partie de campagne»

«Les étourdissements du vin, développés par la chaleur torrentielle qui ruisselait autour d’elle,faisaient saluer sur son passagetous les arbres de la berge»