La Chronique de l’art

Un, deux, trois musées… ou comment les politiques culturelles s’enflamment

De plus en plus de villes de moyenne importance rêvent, sur le modèle des grandes métropoles, de se positionner sur la scène culturelle et artistique à travers d’ambitieux projets

Aujourd’hui, les villes à l’échelle nationale et internationale rivalisent en matière de construction de musées tous genres confondus. La notion de «Hub» de services culturels est devenue un modèle à la fois économique et politique récurrent et révèle des positions à questionner de toute urgence tant par les professionnels du secteur – de l’architecte au conservateur, de l’urbaniste au sociologue – que par les artistes et ce, dans un contexte de mondialisation dont la principale caractéristique est la chute des barrières entre régions et sociétés.

A l’instar de grandes métropoles qui allient des scènes artistiques contemporaines d’envergure avec une dynamique de marché qui les valorise et de flamboyantes réalisations architecturales, nombre de villes de «moyenne» importance se lancent dans la course au quartier culturel et selon différents degrés de succès.

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Alors force est de constater que les acteurs du marché de l’art ont d’une certaine manière anticipé ce phénomène si l’on considère par exemple le succès de la foire Art Basel créée en 1970 dans la cité rhénane, déployée en 2002 à Miami puis en 2013 à Hongkong. Cette manifestation, toujours considérée comme «LA» foire, allie une dynamique commerciale exceptionnelle, une programmation institutionnelle reconnue, une représentation de collections privées unique et un rôle indispensable des scènes contemporaines via les événements off exigeants.

Vers un renouveau lémanique

Autre exemple, celui de l’exceptionnel essor du Qatar et de sa capitale, Doha, qui s’est positionnée depuis les années 1990 sur la scène architecturale (Rem Koolhaas, Jean Nouvel, Ming Pei, etc.) et urbanistique contemporaine autour d’un colossal projet de transformation du pays par la culture et l’éducation: une nouvelle bibliothèque nationale, des musées de culture arabe ancienne et contemporaine, des centres d’art, un campus universitaire qui s’est allié aux meilleures universités mondiales, sans compter un programme de soutien à l’éducation des jeunes dans les pays émergents et en conflits.

D’ailleurs, selon le magazine Forbes, le Qatar est un des acteurs phares du marché de l’art via la Qatar Fondation créée en 1995 par Cheikha Moza Bint Nasser Al-Missned, mère de l’actuel émir. Une dynamique à suivre assurément dans une période où le golfe Persique en crise foisonne de projets de ce type, cinq mois seulement après l’ouverture du Louvre Abu Dhabi.

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Mais quid de l’Arc lémanique qui voit Lausanne se profiler sur la carte des sites muséaux dès 2019, avec les trois musées de Plateforme 10, et Genève qui réactive, entre autres, son projet de Musée d’art et d’histoire? De fait, il s’agit d’une période cruciale pour notre région où différents facteurs doivent être impérativement pris en compte: un ancrage local et international, un axe de formation et de recherche, une synergie sociale et citoyenne ainsi qu’une dynamique commerciale; autrement dit, tout ce qui concourt à un terreau propice à la création au sens large.

A ce titre, et pour remettre l’art au centre, deux expositions majeures sont à voir absolument, car elles alimentent cette réflexion: Bruce Nauman au Schaulager de Bâle pour son parcours artistique de plus de cinquante ans qui condense à lui seul les fondamentaux autour du rôle et du statut de l’art, et Neïl Beloufa au Palais de Tokyo à Paris qui interroge lui aussi la place de l’artiste face à la multiplicité des pouvoirs, qu’ils soient politiques, économiques ou médiatiques.

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