Seul inconnu des spectateurs romands parmi les documentaires nominés aux récents Prix du cinéma suisse à Soleure, Epoca d'Andreas Hoessli et Isabella Huser est ce qu'on appelle un film ambitieux: un essai où les auteurs se demandent comment l'histoire vient à se construire. Autrement dit, quelle mémoire de quels événements conserve-t-on, dans quels buts et par quels moyens? Ancien journaliste et correspondant dans les pays de l'Est, Andreas Hoessli (Devils Don't Dream! – Nachforschungen über Jacobo Arbenz Guzman, 1995) est reparti à l'Est filmer ces vastes plaines qui gardent (ou cachent bien) le souvenir de tant d'horreurs passées.

Hoessli s'entretient avec un ami croate qui a fait la dernière guerre des Balkans, visite le camp de concentration de Majdanek en Pologne, parle à l'embaumeur de Lénine et retrouve en Russie un scientifique américain qui s'y était réfugié après l'exécution des Rosenberg. Entre deux, il présente des documents filmés trouvés dans diverses archives, aux Etats-Unis comme en Russie: un film qui retrace la conception de la bombe atomique avec Einstein, Oppenheimer et les autres dans leurs propres rôles; un procès stalinien pour «sabotage» qui se conclut par une exécution; l'interrogatoire de prisonniers de guerre allemands par les Russes en 1944…

Durant tout le film, une voix off (celle de Bruno Ganz) s'interroge sur tous ces désastres, leur mémoire lacunaire ou délibérément falsifiée. Où se cache donc le vrai? Est-ce peine perdue que de chercher à le restituer? Souvent fascinant, le film déçoit pourtant sur la longueur, avec son ton trop funèbre et son tripatouillage d'images plus prétentieux qu'éclairant. Les auteurs auraient-ils visé trop haut?

Epoca, film documentaire d'Andreas Hoessli et Isabella Huser (Suisse, 2002). Cinéma Spoutnik, Colouvrenière 11, Genève. Jusqu'au 23 mars.