Qui ? Giuseppe Tomasidi Lampedusa
Titre: Le professeur et la sirène
Traduit de l’italien par Louis Donalumi
Chez qui ? Point Seuil, 158 p.

Cet été singulier, l’été 1887, qui changea à jamais la vie du professeur Rosario La Ciura – un âpre vieillard, illustre helléniste au demeurant, qui a ses habitudes au café de Via Po –, est un été enchâssé dans l’hiver turinois. C’est là, dans les brumes et l’humidité du Piémont, que le professeur sicilien, le héros de la nouvelle de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, va faire le récit d’un été lointain, éblouissant, à un jeune homme, Paolo Corbera, un Sicilien comme lui, qu’il rencontre au café.

Tomasi di Lampedusa (1896-1957), aristocrate sicilien et romancier, a probablement écrit «Le professeur et la sirène», en 1956 après un séjour près de Syracuse, en marge de la rédaction de son merveilleux roman, Le Guépard (Seuil, 1959). Ce court récit est paru pour la première fois en 1961 avec quelques autres textes, sous le titre de Racconti. Un modeste recueil, d’autant plus précieux que la carrière de l’écrivain fut extraordinairement brève. Tomasi di Lampedusa n’écrivit qu’entre 1955 et 1957, l’année où il mourut. Cette nouvelle, comme Le Guépard, est baignée de nostalgie, celle de la lumière inoubliable des étés siciliens, qui blesse le cœur tellement elle l’enchante.

C’est cette lumière qui rapproche le vieux professeur et le jeune Corbera. Loin de l’île aimée, les souvenirs ressurgissent: «Nous parlâmes des ensorcelantes nuits d’été face au golfe de Castellamare, quand les étoiles se reflètent dans la mer qui dort…» Peu à peu se noue une relation d’amitié. Le professeur invite le jeune homme chez lui. Paolo est frappé par l’intense solitude du vieil homme. Nulle femme dans sa vie. Il raille les «avortons enjuponnés» que séduit son ami. Paolo remarque alors, parmi les livres, les vases grecs, les souvenirs de Rosario La Ciura, la photographie d’un jeune homme beau comme un dieu. «Moi, en 1887, j’avais 24 ans», lui lance La Ciura. Mais que s’est-il passé cet été-là? Un soir, le professeur invite Paolo, renvoie sa gouvernante et fait – enfin – au jeune homme le récit de son seul amour: un amour antique, un amour où l’on retrouve la lumière de L’Odyssée, un amour pour une immortelle sirène… Par sa finesse exceptionnelle, par sa poésie et sa densité, «Le professeur et la sirène» nous emporte d’un souffle vers le cœur battant de la Sicile, de la Méditerranée et de l’amour… Et l’on est, à son tour, ébloui.

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Giuseppe Tomasi di Lampedusa

«Le professeur et la sirène»

«Du fait même de sa violence, l’été fut bref. Peu après le 20 août,les premiers nuages, timidement, se rassemblèrent, et il y eut quelques rares gouttes de pluie, tièdes comme du sang»