Carl Norac, l’auteur de ce très beau Lucky Joey, a été élu en début d’année «poète national» dans sa Belgique natale. C’est donc avec bonheur qu’on retrouve sa prose sensible, empruntant ici et là de délicats chemins de traverse qui rendent les expressions uniques, qui prennent le lecteur par la main pour lui montrer tous les possibles, tous les pourquoi pas.

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Joey est un jeune écureuil domicilié à Central Park. Il travaille dur (laveur de vitres à New York, imaginez-vous), il a une amoureuse, Léna, et un rêve: un beau mariage «avec une colline de fleurs pour danser et une pluie de noisettes au caramel», suivi d’un beau voyage.

Parmi ceux que Joey côtoie de près ou de loin, au gré des buildings qu’il escalade, il y a Monsieur Grizzli, qui fait les meilleurs cookies du monde. Mais un jour, le vieil ours n’est plus dans son appartement. Il a laissé un bijou pour son ami, ainsi qu’une lettre dans laquelle il affirme que cette noisette dorée est son trésor le plus précieux.

Vie minuscule

Chaque phrase convoque un riche univers, transforme le quotidien du protagoniste en aventure fantastique et sa vie minuscule en destinée exemplaire. Car rien n’est simple, pour les petits, dans la jungle des mégapoles. Léna et Joey vont perdre leur travail, et chez Goldarnac, où sévit un horrible Monsieur Strump (!), notre héros apprend que sa noisette ne vaut pas une cacahuète. Mais peut-être cache-t-elle un secret?

Références et clins d’œil fleurissent également dans les somptueuses images de Stéphane Poulain. L’illustrateur montréalais fait une nouvelle fois preuve de sa maestria, avec ses peintures à l’huile où les rues et les immeubles de New York se peuplent de toute une faune anthropomorphe: un poulain dandy de Manhattan, un morse chauffeur de taxi, les frères de Joey, danseurs de hip-hop aux pantalons démesurés, et tant d’autres figures épatantes.

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Vertigineuses – il faut même parfois tourner l’album pour découvrir des scènes dont la folle verticalité nécessitait un changement de point de vue – les pages multiplient les perspectives saisissantes, à l’image de la couverture, où Joey et Léna savourent leur bonheur perchés sur une poutre métallique: contrairement aux ouvriers de la photographie mythique, nos deux héros sont trop petits pour avoir les pieds dans le vide. Mais pas pour avoir des rêves plein la tête.

Et les happy ends, c’est fréquent dans les comédies romantiques américaines…


Carl Norac
Illustrations de Stéphane Poulin
Lucky Joey
Editions Pastel
Dès 6 ans