Trois chanteuses, deux chanteurs et cinq musiciens pour une histoire d'amour dégoulinante de bons sentiments jusqu'à l'épilogue tragique ponctué d'une morale sur la culpabilité collective. C'est ce qu'a imaginé Lynda Lemay dans ses heures creuses et un peu par hasard, alors qu'elle venait de narrer en chanson l'histoire d'une mère parlant à son fils en prison. Au final, cinq personnages et un corpus de 55 chansons naissent pour s'insérer dans Un Eternel Hiver. Un spectacle de deux heures décevant tellement il est truffé de longueurs narratives, de scènes inutiles. Une comédie musicale, à la fois modeste et très bavarde, que Lynda Lemay a aussi choisi de mettre en scène, et où les quatre autres interprètes québécois, excepté l'impeccable Fabiola Toupin dans le rôle de Manon, peinent à convaincre de leur jeu d'acteur.

Sur fond de relation passionnelle tendue entre une Manon enceinte et la petite frappe alcoolique Jeff (Daniel Jean) se trament désaccords et jalousies, auxquels s'ajoutent des liens filiaux déçus et complexes. Plus de trente minutes pour poser le décor et la psychologie des protagonistes, expliciter leurs liens; des compositions country-blues-folk aux tonalités uniformes, des interprétations inégales, un décorum spartiate et une scénographie peu imaginative finissent par plomber le rythme d'Un Eternel Hiver. Dommage, car malgré quelques clichés risibles, Lynda Lemay a su insuffler une constance qualitative que ne renieraient pas les producteurs de comédies musicales à gros budget.