Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

Livres

Un extrait du roman de Christine Angot

Les Petits, Flammarion, p.97

Extrait

«Elle a les yeux qui font des éclairs. La foudre va tomber. Sa voix part dans les aigus, elle dit des tonnes de mots. Ça forme un nuage de mots emmêlés. Une nuée. Un nuage de plus en plus gros. Qui enfle. La fréquence de la voix est désagréable. Ça hurle. Ça hurle dans la tête de Billy. Le nuage est dense. Elle a des inflexions très ouvertes sur les nasales, elle les a toujours eues, il ne les a jamais aimées. Tous les «an» les «on», elle les ouvre, quand elle dit «absolument», «uniquement», dès qu’il y a un «ment», on a l’impression que la mâchoire tombe, ça s’ouvre dans la gorge, il a toujours détesté ces inflexions qui tombent, qui donnent l’impression qu’elle a du fromage blanc dans la bouche. Il le refoulait, ce n’était pas grave. D’ailleurs au début il ne les détestait pas, il les trouvait juste bizarres, curieuses, pas musicales, comme si le mot ne se fermait pas, et qu’elle restait la gorge ouverte, comme si elle avait quelque chose dans la bouche, en plus du mot. Comme si elle mangeait un truc onctueux, qui faisait déraper la syllabe. Il y a ça, qu’il n’aime pas, et en plus, des stridences. Des déraillements. Les mots crient. C’est strident. Il n’entend plus des mots, mais des fréquences qui l’agressent. Le nuage gonfle. C’est compact. Lourd, comateux.» Les Petits, p. 97

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps